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Comment le désert d’Almeria (Espagne), où furent tournés Lawrence d’Arabie, Cléopâtre, Indiana Jones est devenu un océan de serres en plastique abritant des tomates sans goût.

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Dans la province d'Almeria, se trouve la plus vaste zone de cultures sous serres au monde, ce que les écologistes appellent la mer de plastique et qui est pour d’autres le paradis des producteurs de tomates et de fraises. 

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Mais ces productions intensives se font au prix d'une surexploitation des ressources humaines, et naturelles.

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Dans cette région andalouse, pas une herbe folle, pas un coquelicot, pas un arbre, pas un ruisseau, pas un chant d’oiseau, pas un battement d’aile de papillon. Des serres, seulement des serres.

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Un dédale de kilomètres de serres, toutes en plastique. Une marée blanche qui dévore la côte, engloutit les villes et grignote inexorablement la montagne. Une mer de plastique qui prolonge la Méditerranée et se répand dans toute la province d’Almeria.

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Bienvenue dans le potager de l’Europe. Quelque 40 000 hectares de terres sous bâches, qui appauvrissent les milieux et exploitent la misère humaine. : l’équivalent de 50 000 terrains de football, trois fois la superficie de Paris, consacré exclusivement à la culture intensive de fruits et légumes, été comme hiver.

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Sur place, 200.000 entreprises produisent 30 % du PIB de la province. 3 millions de tonnes de fruits et légumes par an, pour un chiffre d’affaires annuel de 1.3 milliards d’euros. Des produits emballés et expédiés en 24 heures et livrés dans les 48 heures au consommateur final, dans toute l’Europe. 

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Un modèle d’agriculture lucratif grâce à une économie souterraine, devenue sujet tabou dans la région : plus de 80.000 travailleurs clandestins. Les agriculteurs choisissent d’employer des migrants car connaissent souvent pas leurs droits. Et même s’ils les connaissent ils ne sont pas en mesure de les défendre. 

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En effet, malgré les lois qui pourrait les protéger, les migrants craignent de se faire virer, ou renvoyer dans leurs pays d’origine à cause de leurs situations irrégulières. La moitié, en provenance d’Afrique principalement, mettent 3 ans à régulariser leur situation, travaillent au noir pour un salaire de 33 € par jour et subissent parfois les exactions de la police. 

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De plus, les pesticides et autres produits chimiques ruinent la santé des travailleurs : Les fréquentes pulvérisations de pesticides, d’engrais et d’hormones de colorisation des légumes, sont régulièrement effectuées, sans protection, et avec la présence dans les serres de l’ensemble des employés.

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Ce manque de précaution lors des opérations chimiques, nuit à la santé des travailleurs. Et une fois invalides leur précarisation s’accentue. Depuis les émeutes xénophobes de février 2000, sur le plan social rien n’a changé ou presque. 

DSC_9879Bidonvilles des migrants. 

La zone d’Almeria est caractérisée par un climat sec, soit entre 200 et 300 mm de pluie par an, les agriculteurs étant obligés de creuser des puits profonds pour extraire de l’eau. Mais après des années d’exploitation, l’eau douce des nappes phréatiques a commencé à manquer, l’eau des nappes étant devenue très saline et inutilisable pour l’agriculture. 

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De ce fait, des usines de dessalement de l’eau de mer ont été installées pour répondre aux besoins des agriculteurs. Avec le développement des usines de dessalement, les serres agricoles se sont rapidement développées et avec elles les kilomètres de bâches en plastique, sans parler des déchets plastiques non recyclés à la fin de chaque saison.

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Des tonnes de bâches en plastique, de la tuyauterie et autres pièces métalliques des serres abandonnées dans des déchetteries à ciel ouvert sans recyclage et sans traitement, sans parler de la quantité énorme de pesticides utilisée, sont des conséquences catastrophiques sur la vie naturelle dans cette zone, ce désastre écologique dans la région se propageant sur des dizaines de kilomètres sur terre,  la plage ou dans la mer. 

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Sur le terrain tout reste à faire : contamination des sols, épuisement des nappes phréatiques, enfouissements des déchets… Sans compter la fièvre immobilière qui s’est emparée du littoral. Des luxueuses stations balnéaires, aux fermettes en ruines, réservés aux sans-papiers, cet immense labyrinthe de serres est le théâtre de tous les extrêmes.

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On parle d’un « paradoxe moderne » : 80.000 clandestins tentent de s’intégrer à une société, qui sans eux n’aurait jamais connu un tel essor. 

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Que pouvons-nous faire ?

Acheter des produits locaux, c'est soutenir nos agriculteurs, les emplois locaux mais aussi mieux contrôler les conditions sociales et environnementales des productions maraîchères sur nos territoires. Comme souvent, nous sommes les premiers décideurs et responsables de ce triste constat.

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Pourquoi vouloir manger des tomates, en hiver alors que ce n'est pas la saison ? N'existe t-il pas d'autres légumes, que l'on prend plaisir à manger en hiver ? Pour ces tomates que nous mettons dans notre cabas négligemment, on réduit en esclavage des populations, on assèche une région entière, on engraisse les mafias, on asphyxie les agricultures des voisins plus scrupuleux, on empoisonne les populations aux pesticides…

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  • Pourquoi les supermarchés sont ils massivement approvisionnés en fruits et légumes qui viennent d'Espagne alors qu'ils sont bourrés de pesticides et n'ont aucune saveur ?

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  • Pourquoi le consommateur ne prend il pas le temps de manger local et de saison, favorisant ainsi la considération environnementale et sociale, tout en dynamisant l'emploi ?
  • Pourquoi le consommateur s'indigne de la pollution du plastique en mer, mais par contre y contribue principalement ?

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Nous devons avoir tous notre petite idée sur les réponses, et réfléchir sur cette situation catastrophique, en Andalousie, tant pour l'environnement que pour les travailleurs sociaux ...