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Après vous avoir fait visiter la Vallée du Douro, au Portugal, nous continuerons, après la frontière de suivre ce fleuve étonnant, jusqu'en Espagne. Nous ferons une petite escale à Soria, toujours en bordure du Duero (en Espagnol), une petite ville moyenne espagnole de 40.000 habitants, de la principauté de la Castille-et-León. Pleine de charme, mais ce qui la met le plus en valeur c'est le fleuve Duero, lieux de tranquilité.

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Entouré d'arbres et de fleurs, l'eau y est d'une clarté impressionnante ! S'asseoir sur un banc, écouter le bruit de l'eau qui ruisselle et regarder les arbres se reflèter dans l'eau. Encore de jolis souvenirs à épingler dans nos mémoires.

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Les monuments sur ses bords lui confèrent encore plus de beauté, en se reflétant dans ses eaux. Plusieurs pont qui relient les deux rives, permettent d'admirer le Duero. 

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La balade dans le parc est vraiment agréable, on déambule dans les allées. Les zones boisées sont nombreuses, une grande partie de la végétation est d'ailleurs centenaire, et j'imagine que l'endroit est très apprécié par les habitants de Soria lors des chaudes journées d'été Nous y croisons des randonneurs et des personnes en quête de méditation. 

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Cet endroit à Soria a inspiré, aussi, de nombreux poètes, tels qu'Antonio Machado. Une promenade sur ses berges s'impose si vous y passez. Cette balade fut un moment très agréable de notre séjour, j'en garde un très bon souvenir et surtout l'envie d'y revenir !

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Pendant des siècles, des industries manufacturières se sont installées, sur les berges du Duero, en tirant parti de l’énergie produite par les moulins à eau, comme celui sur la photo ci-dessous. 

DSC_9194Moulin à eau.

Certaines de ces structures ont été, au fil du temps, transformées en nouvelles zones de loisirs et de centres culturels, tels que le musée de l' eau, ou l'Ecocentro , qui aident le visiteur à mieux comprendre cet environnement.

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Cette ville très ancienne, possède un patrimoine architectural du plus grand intérêt. Un monument retiendra particulièrement notre attention, lors de notre passage à Soria : le monastère San Juan de Duero, du 12e siècle. Sa fondation revient aux moines hospitatiers de la Terre Sainte.

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De ce monastère médiéval, abandonné au XVIIIe s., seuls sont aujourd'hui conservés l'église, et le cloître.

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La rencontre de l’art gothique, et les influences de style islamique, apportent un caractère certain à l’édifice. Comme dans beaucoup d’autres villes d’Espagne, les influences de l’art mudéjar sont bien présentes.

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Nous commençons la visite par l’intérieur de l’église, romane. Elle possède une seule nef, et une abside semi-circulaire. C'est sans nul doute la partie la plus ancienne du monastère San Juan de Duero. L’intérieur est particulièrement dépouillé. Par contre des scènes bibliques décorent les chapiteaux. 

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Ce qui frappe immédiatement c’est la présence de deux édicules, en forme de baldaquin.  On les trouve aussi dans certaines églises orientales, et ce depuis l’Antiquité. Mais ici, en Espagne, il se révèle exceptionnel.

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Les deux baldaquins sont ornés de très beaux chapiteaux romans. À remarquer qu'ils sont parfaitement identiques :  celui de gauche est recouvert d’un toit hémisphérique, alors que celui de droite l’est d’un toit conique. Cela n’est peut-être pas tout à fait anodin. Ils représentent des scènes bibliques et des êtres fantastiques.

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On serait tenté de croire que l’église en elle-même date, comme les édicules, de l’époque romane. Si c’était le cas, elle serait certainement plus ornée, construite en belles pierres de taille comme le cul-de-four de l’abside. En fait, tout fait penser à une construction préromane.

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On en arrive, ensuite, à la partie la plus intéressante : le cloître. Ce cloître, étonnant, ne ressemble à aucun autre. Il a ceci de remarquable qu’il est formé de quatre parties très différentes. Je ne sais pas combien de temps j'ai passé à l'admirer, avec la seule compagnie du silence printannier qui m'entourait. 

DSC_9168La partie mozarabe.

Il y a d’abord le coin Nord-Ouest, cette partie est typiquement romane. Les arcs en plein cintre sont portés par des colonnes géminées.

DSC_9182Partie romane.

En faisant le tour dans le sens des aiguilles d’une montre, on passe au coin Nord-Est. Cette partie, est de transition entre le roman et le gothique. Les arcs sont légèrement brisés. Les piliers sont formés d’un faisceau de quatre colonnettes.

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Dans l’angle Sud-Est, on trouve la partie que nous avons appelée « arabe ». Les arcs sont très originaux, Ils forment un trait continu sans rupture de direction, comme une corde qui décrirait des courbes successives. Ces courbes sont posées des piliers à section carrée.

DSC_9164La partie arabe (ou mudéjar)

Enfin l’angle Sud-Ouest ( image 10 ) contient la partie que nous avons appelée « mozarabe » . Des arcs en plein cintre sont lancés tous les deux piliers. Ces arcs se croisent formant des arcs brisés. Les piliers sont constitués de colonnes géminées.

DSC_9163La partie mozarabe.

Les décors des chapiteaux évoquent l’art roman, tandis  que les voûtes sont de style gothique.

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Bien que de facture romane, le cloître, du XIIIe s.,  laisse transparaître l'influence de l'art musulman du début du XIIIe siècle.  Les arcs entrelacés forment un aspect décoratif indéniable, où les influences diverses se mélangent en un ensemble harmonieux : le roman, le gothique, et le mudéjar. 

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Nous pensons que nous sommes en présence d’un monument exceptionnel qui n’a rien à voir avec un cloître usuel. Il faut savoir tout d’abord que ce monastère aurait appartenu aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Ces moines soldats avaient des monastères, partout où presque dans le monde méditerranéen. Et si leur vocation était de combattre, ils pouvaient aussi avoir un rôle de pacificateurs. 

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A cette époque, à Soria, il y avait au Nord Ouest des peuples romanisés, au Nord-Est des goths connaissant l’arc brisé, au Sud-Est des andalous arabisés et au Sud-Ouest des mozarabes. Le cloître reproduit à peu de chose près ce schéma. Ce cloître pourrait donc avoir une fonction symbolique de représenter ces peuples divers. 

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Quel plaisir de se remémorer l'importance de ce temps que nous avons pu consacrer à ces visites de villes et villages typiques. La  visite de ces ruines fut très particulière, il n'y a rien de plus émouvant et de plus instructif que l'usure du temps, sur la pierre, pour faire parler l'histoire.