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Ce weekend nous avons décidé de retourner dans les gorges de l'Aiguebrun, tout près de Buoux, pour découvrir le patrimoine géologique et historique, de ces belles gorges, qui furent habitées depuis la nuit des temps. Ce parcours, loin des lieux très touristiques du Luberon, offre de nombreux témoignages sur l'occupation plus que millénaires des lieux. Les falaises de Buoux constituent un secteur de randonnées de premier choix. Capitelles, sources, abris sous roches, habitats trogloditiques jalonnent cette belle balade hivernale.

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Le vallon de l'Aiguebrun se caractérise par de hautes falaises avec des escarpements de calcaire et des chaos de rochers éboulés. Il s’est creusé il y a environ 6 millions d’années, suite à l'assèchement de la mer Méditerranée ! Le niveau d’eau va s’abaisser de l'ordre de 1 000 m et les fleuves qui l’entourent vont creuser d’immenses canyons qui seront ensuite comblés par des dépôts de sédiments. Sous l’action de l’érosion lors des périodes glaciaires, les falaises se feront plus abruptes. 

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Nous garons notre  voiture dans un des parkings, avant d’arriver à l'auberge des Seguins.

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Nous prenons le temps de contempler l'immense falaise contre laquelle sont accrochés des grimpeurs. 

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Les falaises spectaculaires de l'Aiguebrun,  présentent souvent des stries. On parle de "stratifications obliques". Celles-ci témoigent de l'origine marine de ces roches déposées dans la mer il y a 20 millions d'années et surtout de l'existence de courants sousmarins créant un paysage de dunes sous-marines, de talus  au fond des eaux. Ces falaisessont formées d'un calcaire gréseux (qui contient des grains de sable et des débris de fossiles variés). Localement, on l'appelle molasse : mola = la meule, car cette roche abrasive était utilisée pour produire des meules.

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Ces immenses murs multicolores, naturellement criblés de trous de toutes tailles, ont fait de Buoux un spot mondial d’escalade. Dans les années 1980-90, ces falaises ont été le laboratoire du haut niveau international, où de nombreux grimpeurs se sont illustrés.

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Nous suivons à notre droite un sentier qui grimpe dans la montagne. A la croisée des chemins, nous tournons à gauche. Notre sentier se trouve inséré entre la falaise et le cours d'eau. Il suit la bordure de  la rivière de l’Aiguebrun. Cette rivière du Vaucluse, qui prend sa source dans la combe de Bade Lune,  traverse huit communes, et se jette dans la Durance après 23 km de parcours.

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Nous allons faire cette balade dans la partie, à mon avis, la plus sauvage, donc la plus belle et la plus dense en végétation.  

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Résurgence d'eau, rocher moussu, ici le taux d'humidité est maximal parfois le cheminement a des airs de forêt Guyanaise. 

DSC_9726Mousses et lichens qui envahissent les arbres.

 Une randonnée sous le signe de la fraîcheur, même si la rivière est parfois à sec l'été.

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Nous cheminons sur la rive droite (défini par le sens du fil de l'eau), nous remontons la rivière, le sentier parfois prend un peu de hauteur et nous fait admirer le cours d'eau enfoui dans les arbres envahis de lierres et de lianes. Un pan de la falaise est recouvert de plantes grimpantes, qui donnent l’impression d’une cascade dévalant la falaise. C’est un lieu magique, silencieux, où la nature règne !

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DSC_9671Un immense lierre "mange" la falaise.

Nous voilà en pleine végétation luxuriante, au bord de l'eau. Cette partie des berges de l’Aiguebrun est la plus sauvage, la plus belle et la plus dense en végétation.

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Le sentier court au bord de l'Aiguebrun, jamais très loin. Nous descendons quelques instants, vers le lit  de l' Aiguebrun, pour admirer les nombreuses petites cascades. L’eau est ici incroyablement fraîche, avec des vasques naturelles et limpides.  La rivière de l'Aiguebrun se fait ici plus exotique et laisse le visiteur s’égarer dans un décor surnaturel, encadré de part et d’autre d’un tunnel végétal dense. A l’image du reste de la vallée, c’est la curiosité et le désir d’exploration qui vous mèneront aux plus belles découvertes. 

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En région méditerranéenne, rares sont les cours d’eau plus ou moins permanents bordés de forêt luxuriante. L’Aiguebrun est de ceux-là, et son vallon constitue, au plan écologique, l’un des sites majeurs du territoire du Parc. Parmi les poissons, on trouve la truite fario, et le barbeau méridional, mais aussi l’écrevisse à pattes blanches, discrète et rare. La présence de ces trois espèces souligne la bonne santé de cet écosystème aquatique, mais surtout la nécessité de le préserver. (Eviter de se baigner dans les eaux l'été, pour ne pas perturber cet écosystème fragile !)

DSC_9662 Gours le long du cours d'eau

Les gorges de l'Aiguebrun recèlent de véritables trésors, il suffit d'ouvrir les yeux... et de ne pas marcher en regardant parterre. La forêt de l'Aiguebrun est peuplée d'essences diverses comme : le Frêne à feuilles étroites, l'Aulne glutineux, divers peupliers et saules... Elle accueille également des espèces végétales rares en région méditerranéenne, trouvant refuge dans cette ambiance fraîche et humide... L'Aiguebrun est comme un échantillon d'Europe du Nord qui se serait échoué en pleine Provence ! Ici, point de chênes (ou si peu !), nous sommes dans le royaume des érables, tilleuls, noisetiers et d'une flore spécialiste des sols rocailleux.

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Nous essayons de cheminer au plus près du bord. Quelques vestiges  montrent que le cours d'eau,  a été domestiqué autrefois. 

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L'eau autrefois, comme de nos jour, c'est la vie, et ici les anciens savaient l'utiliser à bon escient.

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 Le sol caillouteux devient très humide, la prudence s'impose car très glissant par endroit.

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En approchant de la rivière, le sentier frôle une grande paroi  rocheuse (abri sous-roche).

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Des arbres poussant dans la falaise, attirent mon attention ! Dans la nature, vous avez sûrement déjà vu des arbres accrochés à une paroi rocheuse verticale.

DSC_9681Arbre poussant dans une paroi rocheuse. 

Dans ces conditions difficiles, ils doivent faire preuve d'adaptation pour survivre. Où trouvent-ils leurs ressources ? 

DSC_9711Arbre poussant dans une paroi rocheuse. 

Souvent, les falaises sont d'abord colonisée par des végétaux  comme le Lichen. Des mousses viennent ensuite recouvrir le lichen, et forment une mince couche de "terre végétale", qui constitue un terrain favorable pour les plantes plus évoluées comme les arbres. Les fientes d'oiseau, la poussière et les minéraux dissous dans la roche apportent le complément de nourriture requis, et les fissures dans la falaise permettent aux racines de s'ancrer dans la terre. 

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Il faut savoir que les arbres poussent toujours verticalement, quel que soit la position de départ du bourgeon. Le plus souvent, l'arbre reste de petite taille dans ces mauvaises conditions. Il aura davantage de branches et des feuilles plus petites. Il les perdra plus souvent pour réduire ses besoins en eau. Au final, on obtient un arbuste rachitique, de style "bonsaï". Certaines espèces supportent plus facilement ces mauvais traitement, comme les résineux et le genévrier. 

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Genévrier s'accrochant dans les falaises.

Reste à savoir pourquoi un arbre se met à pousser dans un tel endroit. Des graines peuvent être transportées par le vent ou par les oiseaux en des endroits où on n’imaginerait pas qu’elles puissent germer. Parfois ce sont les oiseaux qui jouent le rôle de "disséminateur".

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Genévrier s'accrochant dans les falaises.

De nombreux cailloux sont couverts de mousse ou encore des fentes dans les rochers. 

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Sur les falaises abruptes, lavégétation s’est installée à la faveurde fissures et de replats de la roche. Les végétaux y sont plutôt dispersés, localisés et discrets.

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Ils sont adaptés à l’absence de sol, et sont capables de supporter une sécheresse importante. On trouve des plantes comme : des lichens, des mousses, des petites fougères, des plantes grasses, qui accumulent des réserves d’eau dans leurs feuilles épaisses.

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Nous passons devant de nombreux cairns. Mais, qu’est-ce qu’un cairn ? Un cairn est un monticule de pierres fait par l’homme.  Ils font partie intégrante du balisage dans beaucoup d'itinéraires de randonnée. 

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Ils indiquent le chemin à suivre dans les endroits, où un balisage « classique » ne serait pas pratique ou voyant.

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Certains sont formés de quelques pierres, alors que d’autres sont énormes et très bien construits. Ils peuvent même servir de monuments commémoratifs à la mort de quelqu’un, ou pour marquer des sites funéraires.

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Sous le Clap, dans les gorges de l'Aiguebrun, on peut admirer un beau et haut cairn de pierres sèches.  Plusieurs tas de pierres, récents, ont été dressés par les passants, un véritable cimetière de cairns.

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Lors de notre parcours nous rencontrons de nombreux abris sous roches, servant de bivouacs, ou anciennement de bergerie, des vestiges d'habitations troglodytes, des moulins en ruines sur la rivière.

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La falaise est percée de nombreuses grottes et abris sous roche, parfois un vestige de muret indique que la grotte fut un temps habitée.

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Nous reprenons le chemin du retour, dans le sens inverse.

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Plus loin, nous sortons de cette végétation luxuriante, et  arrivons au pied des falaises de Buoux, tout près de la ferme des Seguins.

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Avec un peu d'attention vous pourrez repérer la présence des rapaces protégés, remarquables par leur envergure et leurs cris. Le Circaète Jean-le-Blanc, migrateur, niche dès le printemps sur des vieux pins, dans le massif forestier. Le GrandDuc d'Europe, lui, s'abrite dans les falaises tout au long de l'année, on peut l'entendre la nuit. Leur tranquilité est préservée sur les zones sensibles : organisation de l'escalade, programmation des coupes de bois en dehors des périodes de reproduction...

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Pendant notre balade le long de l'Aiguebrun nous avons pu admirer un édifice à l'architecture insolite et historique : le pont à "coquille" de Bonnieux. Une des deux arches de contrefort du pont se trouvant en virage, l'artiste, sûrement un tailleur de pierres, a conçu cet ouvrage, en taillant les pierres, pour former une superbe coquille. 

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Une restauration, par des artistes tailleurs de pierres, serait nécessaire, pour ne pas voir un jour un tel chef d'oeuvre s'écrouler. 

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J’aime le côté sauvage des lieux, la rivière de l'Aiguebrun, les falaises impressionnantes, le vol des choucas, la lumière rasante sur le couvert végétal, un vrai dépaysement dans ce petit paradis ! Nous avons fait cette balade en aller/retour, de part et d'autre de la rivière, quand c'était possible. Ce parcours comporte peu de dénivelé, aucune difficulté, et un décor on ne peut plus sauvage dans une Nature qui a une forte tendance à reprendre ses droits. 

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L'Aiguebrun, ce joyau du Luberon, est malheureusement malmené par les nombreuses personnes, qui s'y baignent l'été. Le piétinement des fonds provoque le soulèvement de limons qui induit l'eutrophisation de l'eau, par le développement des algues brunes, mais détruit également d'innombrables invertébrés, des poissons rares vivants sur le fond. Voir l'article ci-dessous : 

http://luberon.fr/luberon/geographie/actu+le-joyau-du-luberon-:-l-aiguebrun+105.html

A bientôt pour de nouvelles découvertes !