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Même si le Luberon évoque les villages perchés, le soleil et les cigales, il ne faut pas oublier tout le sang qui a été versé, par la population de cette région, lors des guerres de religion. 

DSC_5838Vieux village de Mérindol en ruine.

Nous ne pouvions pas passer à Mérindol, sans visiter son lieu de mémoire, protestante, qui a marqué la Provence, et plus particulièrement le Luberon au XVIème siècle : l'histoire des Vaudois. Une balade hors du temps entre ruines, et flore méditerranéenne.

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Dans un monde de plus en plus virtuel, c'est un voyage dans le temps que vous allez découvrir. Il permettra aux anciens de se replonger dans leur souvenirs, de découvrir la façon dont vivaient nos aïeux. C’est en quelque sorte ouvrir l’album photo de notre mémoire, pour renouer avec notre passé et nos racines. On ne peut qu'être ému, en parcourant ce site Mémorial des Vaudois, que je vous invite à aller visiter...

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Le village de Mérindol, particulièrement martyrisé, a conservé ses stigmates.

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La légende veut que seul le cuisinier du château ait survécu, en se cachant dans un réduit aménagé dans les caves. Il aurait continué à habiter le castel en ruines durant plusieurs années. Autant de destinées fortes et exemplaires, tissées de drames, sur cette terre provençale, baignée par  la lumière intense du midi.

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J'ai trouvé que la couleur sépia serait plus adaptée, à ce genre de site historique, car c’est la couleur même de la photographie ancienne, (avec le monochrome), et par métonymie, celle du temps passé !

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Situé dans le Parc Naturel Régional du Luberon, et perché sur ses contreforts, le beau village historique, de Mérindol, avec ses 2023 habitants, possède de nombreux atouts, comme sa tranquillité, et ses paysages magnifique. 

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Nous empruntons la draille du "Vieux Mérindol", qui nous conduit, par un sentier pierré, et assez raide  au Mémorial vaudois.  

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Un sentier d’interprétation, parsemé de panneaux didactiques, rappelant le massacre, permet d’accéder jusqu’aux ruines du château, où s’élève le mémorial perpétuant le souvenir des Vaudois. 

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Nous découvrons, tout au long du parcours, sur des rochers arides, au milieu de la garrigue et les champs d’oliviers, de nombreuses constructions, en ruine, qui témoignent des siècles passés.  

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Ces anciennes maisons sont le symbole du martyr subi par les vaudois. Ce site est le témoignage des tensions religieuses qui secouaient le monde chrétien, au Moyen Age, et à la Renaissance,  en particulier lors du massacre de Mérindol, en 1545. (voir plus bas l'histoire des Vaudois).

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Nous nous perdons à travers ces ruelles caladées, en forte pente, et ne pouvons nous empêcher de penser à ces pauvres gens qui ont souffert, et sont morts pour défendre leur religion. Ils appartenaient à l'Église évangélique vaudoise, c'est-à-dire qui suivirent les doctrines de Vaudès.

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DSC_5807Fontaine près d'une ancienne habitation.

Après une petite grimpette, nous arrivons devant un pan de mur de l’ancien castrum qui sert de support au mémorial Vaudois.   Nos efforts sont récompensés  car nous découvrons un site étonnant et une vue panoramique à 360°. 

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Tout près de la table d’orientation, tout en haut du castrum, nous observons une vue magnifique sur le village de Mérindol, la vaste plaine de la Durance, qui s'étend jusqu'aux Alpilles. 

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La plaine est depuis longtemps le poumon agricole de Mérindol. Arrosée par les eaux de la Durance, elle produit en abondance fruits blancs et rouges, les célèbres melons et les légumes des quatre saisons. 

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Histoire des Vaudois de Mérindol et du Luberon :

Les Cathares ne furent pas, en France, la seule communauté religieuse à être taxée d'hérésie, au point de faire l'objet d'un massacre organisé. Une autre communauté, installée principalement dans le Luberon, a subi le même sort.

DSC_5857Table d'orientation.

Création de la religion vaudoise : Vers 1170 un riche marchand lyonnais, Pierre de Vaux dit Petrus Valdo, créa la « confrérie des pauvres de Lyon. » Il prêchait pour la pureté de la religion, et voulait l’apurer et la simplifier pour la rendre accessible et compréhensible par les plus démunis. Une telle doctrine trouva très vite de nombreux adeptes, qui prirent le nom de « Vaudois. »

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Les Vaudois priaient en langue commune, et non en latin, ils possédaient leur propre Bible, traduite en franco-provençal, langue parlée communément à Lyon, à cette époque. Ils réduisirent les sacrements au minimum : le baptême des adultes et la communion. L’Église ne tarda pas à réagir, craignant de voir les Vaudois propager l’hérésie du catharisme. En 1184 elle excommunia Petrus Valdo, et chassa ses disciples, qui furent dispersés, trouvant refuge principalement en Italie dans le Piémont.

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150 ans plus tard, il y eut dans le Luberon, en Provence, un grand mouvement de populations. Les seigneurs qui voulaient défricher la montagne pour la rendre cultivable, principalement afin de produire du vin dont ils étaient friands, firent appel à de la « main d’œuvre immigrée », à savoir des montagnards du Piémont. Il y avait parmi eux de nombreux Vaudois.

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Leur religion s’établit donc solidement dans le Luberon, ce qui évidemment ne fut pas du goût des papes, qui venaient de s’établir en Avignon, juste à côté. Déclarés hérétiques et pourchassés, les Vaudois vinrent surpeupler les prisons pontificales, et les premiers bûchers s’allumèrent… Mais les Vaudois résistaient, fidèles à leur devise « mordicus. » La croisade contre les Vaudois allait commencer et durer plus de deux siècles, marqués par la terreur, le feu et la mort…

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De la naissance au massacre du village de Mérindol :

Naissance du village de Mérindol, en 1225, qui voit émerger dans ce monde rural, une nouvelle classe sociale, celle des seigneurs. Le village se manifeste par un regoupement d'habitations, protégées par une enceinte défensive, et organisé autour de son castrum. Dans le paysage, le castrum est l'empreinte du pouvoir seigneural, et appartenait en fief à Guy, vicomte de Cavaillon et seigneur de Mérindol . 

DSC_5837Pan de mur du château.

Au XIVème siècle, le village compte une quarantaine de maisons et la chapelle castrale est utilisée comme église paroissiale. Un seigneur-évêque occupe le château. A la fin du XVème siècle, le Luberon est ravagé par la guerre et la peste. En 1448, le château de Mérindol est dans un état d'abandon. 

DSC_5839Meurtrière de l'ancien castrum.

En 1504, le seigneur-évêque signe un acte d'habitation avec 12 chefs de famille. Ces nouveaux habitants sont originaires des vallées alpines provençales, ils s'installent sur l'emplacement de l'ancien village, ils relèvent les ruines et révèlent leur appartenance à ce qui allait devenir la dissidence religieuse vaudoise. Ce nouveau village prospère. 

DSC_5826Restes du château.

En 1540, la population s'élève entre 150 et 200 personnes. Des habitations sont construites dans la plaine au hameau "des Bastides". Ce nouveau bourg contient la première mairie (la Maison Commune). 

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En pleine ascension, le village de Mérindol subit une enquête, ordonnée par François 1er. En 1540, les vaudois font l'objet d'une condamnation par le parlement de Provence, dit édit de Mérindol : 19 résidents seront arrêtés. Mais ayant besoin de leur soutien contre l'empereur Charles Quint, François Ier expédie des lettres de grâce aux habitants condamnés.  

Les-Vaudois

La retraite de Charles-Quint en 1545 change le contexte. En avril 1545, Jean Maynier, baron d'Oppède, et premier président du Parlement d'Aix,  déclenche la persécution, menée par le baron Paulin de la Garde. 

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Le massacre de Mérindol est un événement dramatique, précurseur des guerres de religion, qui vont ensanglanter, quinze ans plus tard, le royaume de France. Ce massacre de 3 000 personnes, en cinq jours, entraînera le pillage, la destruction de  24 villages du Luberon, dont celui de Mérindol. 

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Tous les villages vaudois, abandonnés par leurs habitants, sont mis à sac, pillés et détruits. Les vaudois restés sur place sont massacrés, 670 hommes sont envoyés aux galères de Marseille, les femmes violées, avant d’être tuées, certains sont vendus en esclavage, les biens et terres confisqués. Durant plusieurs jours la Durance, coulant sur le flanc sud du Luberon, devint rouge du sang des victimes. 

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Les violences débordent, les villages alentour subissent aussi le même sort. Seules quelques familles parviennent à s'enfuir et à gagner Genève. Les soldats, venus mettre fin à la guerre civile, détruisent les cultures, des troupeaux sont tués, et un certain nombre de paysans se retrouvent réduits à la famine.

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Le sac de Mérindol constitue l'épisode le plus connu de cette violente répression : il eut un retentissement négatif dans toute l'Europe, et en particulier auprès des princes protestants. 

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Après cette expédition punitive de 1545, le village de Mérindol est donné, par François 1er, au capitaine des galères Antoine de Cabassole du Réal, mais sa présence est de courte durée, profitant de son absence la population s'empare de la place et décime la garnison.

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François Ier, horrifié par les tueries qu’il avait pourtant ordonnées, mourut d’une septicémie le 31 mars 1547, avant d’avoir pu faire châtier les coupables. Le massacre des Vaudois a terni le bilan de son règne. Son fils Henri lui succéda, sous le nom d’Henri II, et gracia les Vaudois en 1551. Les responsables passèrent en jugement devant le parlement de Paris. Jean Meynier s’en sortit avec les honneurs… Comme il fallait un « lampiste », pour l’exemple on pendit le procureur général Guérin. Mais le destin veillait : Meynier mourut en 1556, empoisonné par un médecin protestant. Le blason de Jean Meynier orne toujours le château d’Oppède, à la clé de voûte de la tour. 

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En 1563, le culte protestant est officiellement autorisé. En 1573, le cadastre dénombre plus de 90 maisons avec environ 400 habitants. En 1695, on dénombre plus que 244 habitations. 

DSC_5899Village de Méridol, dans la plaine.

Situé en plein coeur de la Provence, Mérindol vaut le détour, rien que pour ce site de mémoire des Vaudois. On peut aussi, si l'on souhaite, parcourir dans le Luberon, ou aux bords de la Durance, de très nombreux sentiers de randonnées. Ce sont des sites remarquables, qui par leur beauté, et leur richesse en biodiversité, ont été classés zone Natura 2000. 

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"LA MUSE" : L'Association d'Etudes Vaudoises et Historiques du Luberon anime à Mérindol un petit musée. Des panneaux extérieurs contribuent à faire connaitre l'histoire tragique des vaudois du Luberon. 

DSC_5898Musée de mémoire, à Mérindol.

Pour en savoir plus sur le Luberon, je vous invite à suivre ce lien :

Office de Tourisme Luberon Cœur de Provence

Laissez-vous tenter par le Luberon. Des villes et villages perchés à la vue incroyable, dont Gordes, l'un des plus beaux villages de France, des sentiers d'itinérance de toute beauté, un patrimoine historique remarquable et une gastronomie reconnue ...

http://www.luberoncoeurdeprovence.com