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Aujourd’hui, j’ai choisi de vous faire découvrir les trésors cachés de Cavaillon, dans le quartier hébraïque, une des quatre "saintes communautés" juives.

113093449_oLa cathédrale de Cavaillon tout proche du quartier juif.

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- Le quartier juif est l'un des trésors de Cavaillon, (Vaucluse), c'est par là que nous allons commencer notre visite. La ville de Cavaillon fut un lieu de regroupement des Juifs de France. Comme à Carpentras, Avignon ou l’Isle-de-Venise, devenue L’Isle-sur-la-Sorgue, la communauté juive de Cavaillon vit dans un quartier à part, un “ghetto. 

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On l’appelle “la carrière”, du terme provençal qui signifie la rue. Cette situation d’exclusion et de tolérance mêlée, spécifique aux Etats du Pape, est la seule encore lisible dans l’urbanisme des villes de l’ancien Comtat Venaissin.

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Il est possible que la présence de juifs ait été effective dès l’Antiquité : le musée juif comtadin conserve la lampe dite « d’Orgon » du 1er siècle, gravée d’une ménorah (chandelier à sept branches). A Cavaillon, la présence d’une communauté juive est attestée, par des documents d’archives, dès le 13e siècle.  Au Moyen Âge, cette communauté était parfaitement intégrée à la population locale, nombreux étaient ceux qui occupaient des fonctions importantes au sein de la Ville.

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Toutefois, cette situation se dégrade dès le XIVe siècle. En effet, en 1307, Philippe le Bel chasse les Juifs de France ; en 1495 Charles VIII les chasse de Provence. Seul le Comtat Venaissin, terre papale, leur reste ouvert. 

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Si l’expulsion des Juifs, des États pontificaux, en 1569, n’est que partiellement appliquée, ils seront obligés, à partir de la fin du XVIe siècle, de porter un signe distinctif, comme un chapeau de couleur jaune pour se déplacer. Ils devaient payer des taxes particulières et aussi assister à des sermons chrétiens, les appelant à la conversion, etc...

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L’histoire des musées et du patrimoine cavaillonnais est intimement liée à celle de la famille Jouve, qui en quatre générations, de la Révolution à la première moitié du XXe siècle, a profondément marqué la cité. La vigilance de cette famille, en faveur de tout le patrimoine de Cavaillon, puis la ville de Cavaillon elle-même, ont permis la conservation exceptionnelle de cet ensemble urbain, que je vais vous présenter : carrière, synagogue, bain rituel, et musée comtadin.

DSC_3586 musée juif maison jouveLa synagogue de Cavaillon et sa tour médiévale.

Les carrières Les juifs seront contraints, de s’installer dans une des quatre « carrières » comtadines, de : (Cavaillon, Carpentras, l'Isle-sur-la-Sorgue, Avignon). C’est à Cavaillon que fut instituée la première carrière en 1453

DSC_3590entrée carrièreEntrée de la carrière juive à Cavaillon.

Les carrières, ghettos juifs de Provence, réprésentaient un quartier de quelques rues bien délimitées, fermées chaque soir, les Juifs ne pouvaient en sortir que durant la journée.  

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Ils ne pouvaient s'établir hors des "carrières", surpeuplées, où des maisons de six ou sept étages, apparaissaient aux yeux des voyageurs, qui arrivaient à Cavaillon, comme de véritables gratte-ciels.

Photos-anciennes-de-juifs-en-Provence2Le quartier juif, et la synagogue, au fond.

Seuls les métiers autorisés par le pape leur étaient accessibles. Les habitants des carrières se spécialisèrent donc dans la friperie et le prêt d'argent.  

DSC_3593synagogueLa rue hébraïque de Cavaillon et la synagogue.

La synagogue : La vie s’organisait au sein des carrières, tout particulièrement autour de la synagogue. C'est l’une des plus anciennes synagogues de France. Elle a été édifiée, en 1494, à la fin du Moyen Âge, par les Juifs comtadins, de Cavaillon.

DSC_3592synagogueL'arrière de la synagogue.
Reconstruite en partie au-dessus de la rue Hébraïque entre 1772 et 1774, la synagogue compte parmi les plus remarquables de France. Elle est conçue en deux volumes superposés, reliés par un escalier extérieur. Inscrite en plein cœur du ghetto, elle en est l'espace majeur. A la fois lieu de prières, d'école et d'assemblée de la communauté, elle est le témoin de la vie collective. 

DSC_3587La synagogue et sa tour médiévale.

Le lieu de culte principal est au premier étage, il est réservé aux hommes. L'intérieur de la salle haute est richement décorée. Le style rococo superpose le mélange de deux cultures, juive et provençale. 

salle des prières

 La tribune du rabbin s'élève entre deux escaliers, avec une somptueuse balustrade en fer forgé. 

DSC_3634 synagogueLa tribune du rabbin.

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Autre trait spécifique, le rôle accordé au prophète Elie, représenté sous la forme symbolique d'un fauteuil,  grandeur réelle, mais suspendu sur un nuage.

Fauteuil du prophète Elie à Cavaillon

Le fauteuil du prophète Elie, de Cavaillon

Paradoxalement le décor somptueux de la synagogue, de Cavaillon, ne laisse rien voir de la dure vie des carrières, les ghettos juifs, de Provence, sous l'Ancien Régime. Des lambris de bois peint en gris rehaussé de bleu et de jaune, des murs enduits et colorés en rose soutenu, des motifs de coquilles, de volutes ou de fleurs...Deux chandeliers à sept branches se détachent du garde-corps, en ferronnerie.

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Chandelier à 7 branches.
Les feuilles d'or viennent souligner, et magnifier la tribune et le tabernacle. 
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Le tabernacle qui contient les rouleaux de la Torah. 

- La boulangerie et Le musée juif comtadin Se situant au rez-de-chaussée de la synagogue, la boulangerie (musée juif comtadin, actuellement),  était réservé aux femmes. Plus sobre, que l'étage, cet espace leur permettait juste d'apercevoir les livres sacrés. 

DSC_3632 musée juif comtadinLe musée juif comtadin, de Cavaillon.

Cette salle servait également de boulangerie, notamment au moment de la Pâque juive, en témoigne le four, et la table à pétrir, en marbre, où l'on préparait le pain azyme. 

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Four de la boulangerie.

La boulangerie accueille, depuis 1963, un musée judeo-comtadin, témoignant à travers de multiples objets, de la vie des carrières.  On peut y voir des livres de prières des XVIIe et XVIIIe siècles, des manuscrits liturgiques et objets du culte. 

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On aperçoit le four, au fond de l'ancienne boulangerie.

Des portes du tabernacle, de la synagogue primitive, des stèles funéraires, diverses acquisitions, et des dons de descendants de Juifs du Pape, sont venus s'ajouter, depuis la création du musée. Est conservé, aussi, une lampe dite "lampe d'Orgon", du Ier siècle, attestant de la présence des juifs dès l'Antiquité. Elle est gravée d’une ménorah (chandelier à sept branches).  

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Lampe d'Orgon".

- Le bain rituel (ou Mikvé) : S'ajoute à cet ensemble un bain rituel, conservé dans la propriété Jouve, jouxtant la synagogue. Ce bain, alimenté par une nappe phréatique, était constitué de trois salles voûtées, sur un plan en”L”, accompagné de trois puits. 

bain rituelLe bain rituel

Il permettait aux membres de la communauté d'assurer les rites purificateurs imposés à tous : après avoir touché un mort ou un objet impur ; aux femmes, sept jours après la fin de leurs menstruations, ou après un accouchement ; aux hommes, en cas de souillure et aux prémices des principaux rituels de la vie, comme le mariage ; aux nouveaux convertis. L'immersion complète assure une purification symbolisant la renaissance du corps et de l'esprit.

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- Déclin de la communauté juive, à Cavaillon : La Révolution française, (1791),  avec le rattachement à la France, d'Avignon et du Comtat Venaissin, marque pour les juifs une véritable libération. Les juifs prennent une part active aux évènements révolutionnaires, en particulier à Nîmes, et se dispersent dans toutes les grandes villes du Midi, et jusqu'à Paris. La communauté juive quitte la carrière, symbole de leur oppression passée. Au 18e siècle, la communauté n’a jamais dépassé 200 personnes, puis 50 personnes vers 1850 et une trentaine à la fin du 19ème siècle. En quelques années, les carrières se vident.

- L'hôtel d'Agar : Je vais vous faire découvrir, encore un autre trésor, tout proche du quartier juif :  l’Hôtel d’Agar. Il est bâti sur les ruines de la ville romaine qui s’était développée au bas de la colline Saint Jacques.

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On y trouve l'un des plus vieux jardin de France, peuplé d’illustres vestiges, un hôtel particulier des XIIe-XVe abritant de magnifiques collections, classé aux Monuments historiques, depuis 2010. La famille Morand-Valton, propriétaire, des lieux depuis 1990, va racheter cette hôtel particulier, alors en ruine ou presque… Elle va choisir d’en ouvrir les portes, en affichant sa passion de collectionneurs, en mêlant aux objets antiques, des œuvres d’art contemporainnes. Le résultat est simplement époustouflant ! 

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De la salle réservée aux Antiques (peintures, céramiques…), au rez-de-chaussée, en passant par le premier étage où sont conservées trois cheminées,  et le second étage, auquel on accède par une tour d’escalier aux armoiries sculptées de la fin du Moyen-Âge, les trésors sont multiples.

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On peut y voir une collection de plus de 250 sujets de crèches provençales, des plafonds peints Renaissance, une tour gothique du XVe et ses gargouilles, la plus ancienne statue grecque découverte en Provence (550 ans av. JC, découverte sur la Colline St Jacques), le plus vieux meuble de pharmacie de France...

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Des fouilles, dans le jardin, ont permis de déterminer qu’il existait déjà là il y a 2000 ans. Il a été le jardin des évêques jusqu’à la Révolution, Louis XVI s’y est promené. Dans une atmosphère de jardin antique, on peut déambuler entre d’étonnants vestiges. Des fouilles archéologiques ont mis à jour dans le jardin, de l'Hôtel d'Agar, un incroyable trésor de plus de 300 deniers d’argent, du Ier siècle après J.C., (en l’an 193), en parfait état ; il constitue le plus important trésor monétaire, du monde romain. 

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Ces pièces se trouvaient à 3 mètres de profondeur, rangées dans ce qui fut une poche en cuir, le tout déposé dans une salle avec des enduits peints. Ce trésor, estimé à 150 000 €, est considéré comme l’un des dix plus beaux de France. Les dieux romains n’ont pas fini de faire parler d’eux ! (Sources internet : Wikipédia, France Soir.) 

Cet article fait partie des RDV #EnFranceAussi, sur le thème : “Racontez-moi l’histoire d’une rue ou d’un quartier“, proposé ce mois-ci par Cécile. 

Vous souhaitez en savoir plus sur le Luberon : 

Office de Tourisme Luberon Cœur de Provence

Laissez-vous tenter par le Luberon. Des villes et villages perchés à la vue incroyable, dont Gordes, l'un des plus beaux villages de France, des sentiers d'itinérance de toute beauté, un patrimoine historique remarquable et une gastronomie reconnue ...

http://www.luberoncoeurdeprovence.com

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