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Quelle ne fut pas notre stupéfaction de découvrir, lors de notre balade, dans le Val d'Enfer, au coeur des Alpilles, une gigantesque carrière de roche calcaire, laissée à l'abandon. Ces carrières, sont situées en contrebas du village des Baux de Provence, village né de la pierre, sur laquelle il a été construit

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En arrivant devant la carrière, abandonnée, nous nous trouvons face à une haute et vaste porte, creusée dans la roche calcaire, ouverte au ciel. Nous sommes comme transportés en Egypte, le long du Nil, dans la vallée des Rois. Dans ce lieu plein de mystère, j'ai  l'impression de découvrir une civilisation enfouie, du côté de Louxor ou d'Assouan.

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La pierre qui en est extraite possède nombre de qualités qui ont fait sa renommée, bien au-delà des limites du territoire des Alpilles : c’est un calcaire coquillé, assez tendre, facile à extraire, mais très résistant à l’écrasement. La couche de calcin qui se forme rapidement à sa surface, lorsqu’il sèche le rend imperméable. 

DSC_3211L’entrée de la carrière, en galerie : une ouverture béante dans le sous-sol.

Cette pierre calcaire, est appelée communément "molasse", l'origine de cette dénomination provient du latin "mola = la meule"

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Nous passons, ensuite, dans une immense salle, comportant des piliers de cinq à dix mètres de base. Ces piliers de roche sont maintenus, pour éviter  que le "toit" de la salle ne s’effondre.

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 Les grandes entrées amènent de la lumière partout dans la carrière, sans avoir à éclairer, ce qui est très appréciable.

DSC_3208Les blocs sont débités de l’ensemble du front de taille

Ces carrières ont été ouvertes, autrefois, par des carriers, à la main, à "l'escoudo" comme le faisaient autrefois les égyptiens. Avec la même technique, la même peine, et la même perfection. Les blocs étaient chargés sur des wagonnets, grâce à un quai de chargement, où se trouvait une voie ferrée. 

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Le carrier était propriétaire de ses outils, achetés en foire, ou fabriqués, et entretenus par le forgeron du village. Le savoir faire du carrier c'est aussi la bonne connaissance des matériaux. C'est ainsi qu'on parle du front de taille, de veines, de pieds, et de jambages etc ...

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La colline porte, encore, les empreintes du travail des carriers. Leurs activités furent tellement intenses, qu’elles modifièrent pour toujours le paysage. 

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On peut encore admirer, dans cette carrière abandonnée, les traces de l’extraction de la pierre en blocs. Le développement y était très faible, une centaine de mètres, mais le gigantisme de ce lieu est très attractif. 

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Ces galeries portent de nombreux témoignages du passage des carriers qui les ont "habitées", notamment des dessins réalisés au noir de fumée, à l’ocre ou au charbon, des sculptures ou de simples graffiti. Il ne reste plus de matériel d'extraction visible en ces lieux. 

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Cette "pierre des Baux" est à l'origine formée par des dépôts marins , sédimentations des mers miocènes, de l'ère tertiaire, entre moins 25 millions et moins 5 millions d'années. Ces mers occupaient alors tout l'espace de la future Provence. 

DSC_3229Ancien front de taille d’une carrière 

L’extraction de cette pierre remonte à des temps lointains. Ce serait les Gaulois, suivis des Grecs, qui auraient débuté l’exploitation, des carrières, des Baux de Provence, au IIe siècle av. J-C.   Son extraction intensive, pour la construction des édifices, date de 1720. Ainsi, plusieurs dizaines de carriers furent actifs jusque vers 1900. Ces sites étaient surpeuplés d'ouvriers, de travailleurs de la pierre (journaliers, carriers, maîtres-carriers, tailleurs de pierre, transporteurs ...) .

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Les carrières les plus importantes, abandonnées ou en activité, sont situées au nord de Baux. L’éperon qui supporte le village a été exploité souterrainement et le matériau a servi à l’édification des maisons. 

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L'exploitation des carrières, qui s’effectuait principalement en « salles » ou en galeries », décline après la première guerre mondiale. La roche calcaire, de couleur blanche, à dorée, ne sera plus le matériau numéro un, pour construire les édifices, comme les maisons, les bâtiments, ou les usines. 

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La pierre calcaire connaît un déclin irréversible, à partir des années 1930, notamment du fait de la concurrence du ciment, du béton, et de l'acier. La plupart des carrières de la région des Baux de Provence, fermeront leur porte à cette époque là.

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Exploitées depuis l'Antiquité, ces carrières ont fourni les matériaux à de grands chantiers médiévaux, comme : l'édification de la ville des Baux de Provence, le site archéologique du Glanum, à St Rémy-de-Provence,  ainsi que la cité antique d’Arles.  

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La seule carrière, actuellement en cours d’exploitation, est celle de « Sarragan », son ouverture remonte à 1840. Les parties extraites forment des « salles ou galeries », mesurent de 18 à 30 m de hauteur sur 10 m de large. Le matériau est un calcaire, à grain fin, assez tendre, et fossilifère. 

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Les carriers travaillent la pierre calcaire blonde, de haut en bas, par ablation. Ils font ressurgir des colonnes, de 20 à 25 mètres de haut, des monolithes de 800 tonnes.

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L’extraction de blocs de roche nécessite une diversité d’outils propres à la découpe de la pierre, à son extraction, à son transport. 

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Les blocs extraits peuvent ensuite être à nouveau découpés en blocs plus petits, grâce à diverses scies, dont les dents sont plus dures que la roche à découper. Cette roche d’aspect blanc est un "calcaire coquillé".

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Les blocs peuvent être remis entre les mains des tailleurs de pierre, qui grâce à leurs outils, modèleront le bloc rocheux en fonction des commandes.

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Aux Baux on extrayait, aussi, de la Bauxite, minerai découvert en 1821, le fameux aluminium rouge qui a donné son nom au village. Mais Baux vient aussi de Bau, qui veut dire falaise, escarpement rocheux. 

Aujourd'hui, beaucoup de ces carrières, abandonnées depuis la fin des années 30, sont recolonisés par la végétation. Ils sont à l'état de "friches éco—industrielles" si l'on peut dire. La menace d'oubli qui pèse sur eux est d'ailleurs inscrite en filigrane dans le cahier des charges d'une carrière, qui doit rendre, après l'extraction, le site à la "nature" et laisser un paysage se reconstituer. 

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Juste à côté,  une ancienne carrière est reconvertit en lieu d’exposition : 'la carrière des Lumières".

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Fermée en 1935, elle reprend vie grâce à Jean Cocteau qui succombera au charme de ses carrières et y tournera quelques séquences de son film le "Testament d'Orphée" en 1959.  En 1977 naît "Cathédrales d'Images", le projet d'Albert Précy, alors rédacteur en chef du Parisien, pour la projection de spectacles audiovisuels, uniques au monde ! Et on comprend que ce lieu soit parfait, vous naviguez dans plus de 4000m², entrecoupé de piliers larges de 5 m et haut de 14 m. Pour y accéder, il faut poursuivre la route après le village. 

DSC_3281Entrée Jean Cocteau.

Chaque année un grand spectacle inédit est proposé présentant les plus grands noms de l'histoire de l'Art. Ces spectacles sont projetés sur les immenses parois, les piliers et les sols de la carrière.

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Ils vous transportent en musique dans des mondes colorés. Une nouvelle mise en lumière des Carrières vous fait découvrir le caractère unique et insolite du lieu et révèle sa beauté minérale.

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On se retrouve totalement immergé dans l'image projetée, sur toutes les surfaces de la pierre. Le nombre de vidéoprojecteurs a été doublé, afin de couvrir deux fois plus de murs.

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Quant au sol, il est intégralement recouvert et devient un immense tapis d'images. 

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Connaissez vous la carrière des Lumières ? Merci d'avance pour vos commentaires, à bientôt pour de nouvelles aventures en Provence !