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Bien à l'abri, au pied du rocher du Piei, le village de Lagnes, vous plaira sans aucun doute. Le Parc Régional Naturel du Luberon est idéalement adapté pour contempler la nature, et y faire de belles randonnées. Par ailleurs, le village, tout proche du « mur de la peste », dont je vous parlerai dans cet article, a reçu, de plus, le label : "Station Verte".

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Au pied du rocher du Pieï, le village est dominé par un château du XIII° siècle, qui donne au lieu, une atmosphère très médiévale. 

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Notre coup de cœur pour ce village s'est accentué avec la découverte du sentier botanique, sur le rocher de Pieï. Se balader, dans la garrigue, autour du village est un vrai plaisir ! Je peux vous dire, qu'en cette belle journée ensoleillée du mois de février, il ne faisait pas chaud du tout, le mistral souffait très fort sur les hauteurs.

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Ce sentier, mis en place par la commune, avec de nombreux panneaux explicatifs, est très bien aménagé et nous permet d’aller  à la rencontre de la faune et de la flore du Luberon. Nous oscillons entre la forêt avec les chênaies verte et blanche. Sur les hauteur, c’est la garrigue, avec le buis, qui prend place.

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Tout en haut du rocher de Pieï, un panorama très étendu, sur le village au 1er plan, et la région du Luberon, des Alpilles, s'offre à nous ! Avec un peu de chance, par temps dégagé, on peut même apercevoir les Cévennes.  

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De vieilles constructions nous transportent dans un autre temps et nous laissent imaginer la vie de nos  ancêtres. On peut voir des  incrusttions d'oursins fossiles, datant du miocène...

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... des anciens abris de pierre sèche (bories), ou encore d’ancien puits, sorte de borie en encorbellement, couverte de lauses, système typique de stockage des eaux pour les cultures.

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Histoire : Le territoire de Lagnes a été peuplé dès la préhistoire. Le nom « Lagnes »  pourrait venir du nom laine, du latin Lanéo, l’élevage des moutons et brebis ayant été une des principales  ressources de ses habitants. Lagnes a été occupée par les Francs, les Wisigoths et les Burgondes, on trouve quelques traces : des tombes mérovingiennes. Le village a été sous la domination des Comtes de Toulouse, des Comtes de Forcalquier, des rois de Provence (Comte d’Anjou).

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A  partir de 1295, jusqu’en 1791, le village de Lagnes faisant partie du Comtat Venaissin, terre papale, est géré par un légat, un vice légat ou un recteur. A partir de 1791, le Comtat Venaissin étant devenu français, le village est devenu français, aussi.

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Aimant  les vieilles pierres, nous avons passé un moment merveilleux, à découvrir le moindre recoin du village. En nous promenant  dans les ruelles étroites de Lagnes, nous sommes aussitôt transportés au Moyen-Âge. 

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La Provence s'invite à chaque coins et recoins, avec les maisons généreusement fleuries, les senteurs, les petits détails d'architecture, qui nous ravissent.

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Ces maisons anciennes, du XVIe siècle,  ainsi que les passages couverts, donnent beaucoup de charme au village. 

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Nous admirons, au passage, le Vieux Lavoir, qui était auparavant l'ancienne Chapelle des Pénitents Blancs. Ce jour-là il y avait une exposition de peintures.

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Pourquoi ce village a t'il été fortifié ? C’est l’insécurité qui régnait à l’époque médiévale qui incita les habitants à se regrouper dans une enceinte fortifiée. C’est là que l’on retrouve, aujourd’hui, les édifices les plus anciens : la chapelle Saint Antoine, les remparts et le château.

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Après avoir longé les impressionnants murs de pierre de la forteresse, bordant la rue Venteuse, on arrive aux escaliers de l’entrée Sud du château pourvue de plusieurs portes à meurtrières garnies de herses. Propriété privée, le château est inscrit aux Monuments Historiques.

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Le Château  est composé de deux demeures seigneuriales, séparées par une vaste cour, au centre de laquelle était l’église paroissiale Saint Antoine. La 1ère demeure fût sans doute construite à la fin du XIème siècle, la seconde fin XIIIème, début XIVème. La porte nord du château est tournée vers Fontaine de Vaucluse.

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D’imposants remparts ceinturaient le village au XIIIè siècle. A partir des années 1820, on assista à leur démolition progressive par les habitants eux-mêmes. 

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Les pierres, ainsi récupérées, étaient utilisées pour les constructions nouvelles ou pour affermir les plus anciennes.

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Les remparts étaient épaulés de 5 tours rondes avec meurtrières, dont deux existent encore.

tour ronde reste de remparts

Les fontaines, en raison de la pénurie d’eau potable, sont une des préoccupations majeures des lagnois.

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La fontaine construite en 1890, près de l’église, est alimentée par les eaux qui coulaient de la carrière de pierre du Pieï. Ce n’est qu’en 1898 que l’eau potable, pompée et refroidie, dans un bassin, fut distribuée à 7 bornes, réparties dans l’agglomération. Quelques puits sont encore visibles sur la commune. 

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La Grande Peste : Au mois de mai de l'année 172O, en provenance de Syrie avec sa cargaison d'étoffes précieuses, le Grand Saint-Antoine mouille à  Pomègues, en rade de Marseille. Malgré la mort de membres d'équipage, sur le chemin du retour, la négligence et la complicité des autorités maritimes, la cupidité des armateurs font que la Peste gagne la ville. En 1721, pour protéger le Comtat Venaissin des pestiférés de Provence, les paroisses de la région se protègent en construisant un mur de pierres sèches, sur 27 km, de Monieux à Cabrières.

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Gardé par des "sentinelles", on l'appelera, plus tard, le "Mur de la Peste". Bien sûr, le Mur de la Peste, de nos jours, est une miniature au regard des 6 pieds de haut sur 2 pieds de large (soit 1,95 m sur 0,65 m), du 18ème siècle, mais il s'agit, déjà là, d'une oeuvre considérable et remarquable. Le dispositif était complété par des barrières, permettant le contrôle des voies principales. Chaque communauté devait fournir un certain nombre de travailleurs, de moins de 60 ans, volontaires ou tirés au sort, et qui devaient amener  leurs outils. 

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Des guérites, petites cabanes de section demi-circulaire (tous les 250 à 300m), servaient d’abri aux sentinelles en faction. Elles étaient couvertes probablement  de poutres et branchages.

DSC_9994Guérites.

Les corps de garde, (tous les 150 à 200m), servaient d’abri à de petites unités de 5 ou 6 hommes, avec matériel et provisions. Les enclos, accolés au mur servaient d’entrepôt de vivre et de fourrage pour les chevaux et les mules. Ce mur n'avait pas pour vocation d'arrêter physiquement les éventuels porteurs de la maladie, mais juste de les ralentir, pour que les sentinelles puissent les intercepter.

DSC_9995Les corps de garde. 

Sa longue ligne sinueuse se détache, de nos jours, dans le paysage. Avec des hauts et des bas, le mur continue pourtant vaillamment son rôle de témoin du passé. Quel travail cela a dû représenter, pour un si maigre résultat, puisque la peste a finalement touché presque toute la Provence ! 

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Malgré les barrières naturelles que représentaient la Durance, le Rhône, le Verdon, le Var, l’Eygues et l'Orb, auxquelles s’ajouta le « Mur de la Peste », on a pu calculer que l’épidémie se déplaçait de 45 kilomètres par mois, en zone peuplée. A l’époque on ne connaissait pas le vecteur de la maladie, qui pouvait provenir de : la piqure de la puce, d’un rat ou d’un rongeur infecté.

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La maladie ne sera éradiquée qu'en janvier 1723. Marseille a perdu la moitié de ses 100.000 habitants. Les ravages de la Peste entraîneront, dans la région, le décès de plus de 200.000 personnes. Désormais au Nord du village, le Mur de la Peste, témoigne encore des peurs d'antan. À partir de 1723, le mur n'a plus d'utilité sanitaire, et on réutilise les pierres pour d'autres constructions.

DSC_9996Une stèle commémorative.

Ce n'est qu'en 1986 que l'Association "Pierre sèche en Vaucluse" entreprit de le relever, beaucoup de pierres ayant été arrachées pour construire des maisons. Depuis cette date des centaines de jeunes bénévoles viennent chaque été y travailler. Actuellement plus de cinq kilomètres ont été restaurés, en direction de Méthamis. Combien de centaines d'heures de travail, bénévoles, et harassantes, pour sauvegarder ce témoin du passé ?

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De nos jours, la peste se guérit grâce aux antibiotiques et les vestiges de cet ouvrage macabre sont le but d'une promenade fort agréable, sous le soleil du Luberon.