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Voici ma 2e participation du mois, au rendez-vous interblogueurs #EnFranceAussi, une initiative de Sylvie du blog : Le coin des Voyageurs. Le thème choisi par Mathylde, du blog Mordue de Voyages est “ le Tourisme industriel”. Cet article fait suite à celui que j'ai déjà publié, il y a quelques jours, sur l'industrie du parfum à Grasse. 

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Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à Fontaine de Vaucluse, à 7 km de l'Isle sur la sorgue, ma ville d'adoption, l'un des sites les plus visités du Vaucluse.

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Je vous emmener flâner dans son authentique moulin à papier : Vallis Clausa.

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Fontaine de Vaucluse est l'un des endroits qui figure sur tous les guides touristiques de la région. Pour moi c'est un endroit où je peux revenir indéfiniment sans jamais avoir l'impression de le connaître. 

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Ce petit village a quelque chose d'indescriptible qui rend véritablement unique chacune de nos visites.

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En période estivale, les rues de Fontaine sont littéralement envahies par la foule et les magasins de souvenirs pris d'assaut...

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Visite guidée de la reconstitution d'un moulin fabricant du papier, à la main, selon les techniques ancestrales qui remontent au XVème siècle. Le musée fait revivre le souvenir du passé papetier de la région.  Venez découvrir la roue en mouvement, l'arbre à cames, les maillets... et vous saurez tout sur le fonctionnement d'un moulin et sur la fabrication de papier.

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La roue du moulin est une roue au fil de l'eau, tournant à 5 tours minutes. Elle a 7 m de diamètres, 48 pales de 2 m. Elle est alimentée par la source du Pagodon.

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1 - La préparation du chiffon :  

Dès lors que le chiffon arrive au moulin à papier, sa préparation peut commencer. Celle-ci se déroule en plusieurs étapes confiées à des ouvrières, les chiffonnières.

- Le triageLes chiffons (coton, lin, chanvre), sont triés par fibres, par qualité (usés, fins, gros, neufs, résistance …), par couleurs. Ce tri permettra au papetier de pouvoir les utiliser différemment suivant les productions souhaitées.

chiffonsChiffons

- Le lissageCette opération permet de supprimer tout corps étrangers tels que les boutons et les épingles trop dangereux pour les opérations suivantes, les coutures et ourlets trop épais qui iront constituer une catégorie particulière de matière première.

- Le découpageA l’aide d’un banc sur lequel est fixée une lame de faux, un « derempoir » l’ouvrier  va trancher inlassablement le tissu en morceaux plus ou moins réguliers de quelques centimètres. On les appelle ici « les pétassous ». Ce sont eux qui seront plus tard broyés par la machine afin d’obtenir la pâte à papier.

coupeur chiffonsDécoupage des chiffons

- Le pourrissageUne fois découpé, le chiffon est placé avec de l’eau dans des « pourrissoirs », vastes bacs en pierre dans lesquels « les pétassous » vont se ramollir et s’attendrir durant plusieurs jours ou semaines. L’odeur qui se dégage alors est pestillentielle. On se situe entre l’oeuf et le chou pourri !!!

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2 - La préparation de la pâte à papier :

- Dans un premier temps on rempli la pile hollandaise d’eau de la rivière de la Sorgue, au Ph neutre.

pile hollandaiseLa pile hollandaise.

- On peut ensuite charger la pile hollandaise, on verse progressivement les petassous dans la pile hollandaise en prenant soin que tout cela soit régulier.

DSC_9135La pile dite Hollandaise.

Le travail des 2 ou 3 premières heures est primordial, il faut en effet prendre garde à ce que tous les « pétassous » passent régulièrement sous les lames du cylindre afin que la première étape « le défilage » soit correctement effectué. Cette opération, le défilage, a une durée très variable en fonction de la qualité du tissus.

cuve
- Viennent ensuite le défibrage et le raffinage de la pâte à papier, le cylindre continu à être régulièrement abaissé afin de travailler le mélange convenablement jusqu’à obtenir la pâte à papier désirée.

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- la pâte à papier n’est pas terminée. Il faut procéder à l’encollage. Nous allons mélanger à cette pâte une colle, c’est à dire un produit qui va rendre le papier imperméable. Longtemps les papetiers fabriquaient du papier sans colle donc buvard qu’ils devaient ensuite tremper dans des préparations obtenues à partir de gélatine animale.

3 - Le travail de l’ouvreur :

Appuyé contre le rebord de la cuve, après avoir bien remué cette pâte à l’aide du redable, l’ouvreur immerge une forme (sorte de tamis) au format de la future feuille dans le liquide. La forme est composée de deux parties. Le châssis de bois rectangulaire sur lequel est tendue une trame serrée de fils métalliques soutenue par des baguettes de bois. L’autre partie est la couverte : un cadre de bois qui s’ajuste sur le châssis. 

cuve fleursL'ouvreur.

Les rebords de la couverture retiennent la pâte fluide et, de ce fait, déterminent l’épaisseur et le format de la future feuille. Sur le treillis métallique de cette forme, le papetier a généralement cousu le filigrane de la marque du moulin, et, éventuellement, un tranche-pâte (fil de laiton ou ficelle) qui permettra de partager cette feuille plus facilement après le séchage. De la dextérité de l’ouvreur va dépendre en grande partie la qualité de la feuille de papier.

DSC_9140Incrustation de pétales de fleurs dans le papier.

4 - Le travail du coucheur.

Le coucheur prend ensuite le relais :  Cette immersion est tout un art ! L’ouvreur puise dans le liquide épais, lui fait subir un mouvement de vague, puis une succession de va-et-vient de manière à enchevêtrer les fibres. C’est alors que le miracle s’accomplit. En effet, la feuille de papier encore humide a quitté la forme et est restée sur le feutre. Après un bref égouttage il peut enlever la couverte : la feuille a pris forme.

 

coucheurLe coucheur

C’est l’ouvrier coucheur qui prend la suite. Il saisit la forme et la retourne pour déposer la feuille sur un tapis de feutre de laine. Il va ainsi constituer une pile de 100 à 250 feuilles alternées chacune avec une couche de feutre. Cette pile, appelée porse, va passer sous une presse.

5 - La Presse :

Surtout destinée à « essorer » au maximum le papier avant son séchage, la presse va contribuer également à faire disparaître à nos yeux le filigrane que l’on ne verra donc plus apparaître qu’en transparence dans la feuille de papier. La porse est mise sous la presse, puis à l’aide d’un levier, un ou plusieurs ouvriers vont serrer la vis de la presse pour extraire la plus grande quantité d’eau possible.

presse2La presse.

On peut voir à Vallis Clausa une ancienne presse qu’on actionnait grâce à un cabestan nécessitant quatre hommes. A ce système assez dangereux on préfère aujourd’hui l’utilisation d’une presse hydraulique, de surcroît plus efficace (40 à 60 % de l’eau évacuée). 

DSC_9141La presse.

6 - Le travail du leveur et séchage :

Une fois la porse pressée, le leveur sépare les feuilles de papier des feutres. Action délicate car la feuille encore humide est très fragile. 

leveurLe leveur.

Une fois la porse pressée, le leveur sépare les feuilles de papier des feutres. Action délicate car la feuille encore humide est très fragile. Une porse blanche est ainsi constituée. Il reste ensuite à monter à l’étendoir et déposer les feuilles à cheval sur des centaines de mètres de corde à l’aide du frelet. Le séchage dure entre un et trois jours. L’opération terminée on reconstitue une nouvelle pile de feuilles.


séchageL'étendoir.

Cela est nécessaire car au séchage, le papier s’est gondolé. Il faut donc maintenir cette nouvelle pile à plat pendant 4 jours avec un poids dessus afin que ces ondulations disparaissent peu à peu. 

explications

Ensuite, chaque feuille passe au laminage. Autrefois les laminoirs n’existaient pas dans les moulins à papier. On employait des ouvrières, les lisseuses, qui polissaient chaque feuille avec une pierre de silex. Cela permettait d’avoir un papier parfait pour l’écriture. La technique du laminage a supprimé ce métier.

laminoirLe laminoir

 

laminoir2

La fabrication est terminée. Il ne reste plus qu’à trier ces feuilles une par une, les empaqueter ou les imprimer, et les porter chez l’enlumineur qui les décorera par la technique du pochoir. Les plus belles feuilles sélectionnées resteront en l’état pour servir aux calligraphes, peintres, éditeurs, aquarellistes… Ou bien seront transformées en papier à lettre, cartes de visite, de correspondance, fair-part, cartes de vœux, abat-jour…

papier incrusté de fleurs

Ce succès de Fontaine de Vaucluse tient essentiellement à la très impressionnante source qui jaillit au pied d'une falaise de 230m de haut. A l'approche de sa source mythique nous nous engageons sur un lieu de pèlerinage séculaire. D'instinct, arrivés au bout du sentier et dominant le gouffre, nous investissons la Fontaine d'un sens sacré. 

sourceSource de Fontaine de Vaucluse.

Avec un écoulement total moyen de 630 millions de m3 par an, cette source est la première de France, et l'une des plus importantes au niveau mondial, par son volume d'eau écoulé. Ses eaux vert-émeraude, généralement calmes l'été, deviennent spectaculaires en période de crue.

DSC_9114Photos de la source de la Sorgue, prises cet l'hiver.

Elle résulte de l'émergence d'un immense réseau souterrain. Source fraîche et paisible en été, bouillonnante et impétueuse au printemps-automne, la Fontaine de Vaucluse, véritable caprice de la nature, ne cesse d'intriguer curieux et chercheurs depuis l'antiquité.

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Les eaux qui bondissent à Fontaine de Vaucluse proviennent de l'infiltration des eaux de pluie et de la fonte des neiges du sud du Mont Ventoux, des Monts de Vaucluse et de la Montagne de Lure et dont l'unique issue demeure la Fontaine.

DSC_4501Photos que j'ai prises l'hiver dernier, en période de crue.

Ce site pittoresque se trouve en effet dans une vallée profonde avec un paysage parsemé de grottes et de vallons. Il a inspiré de nombreux artistes dont les plus célèbres furent Frédéric Mistral, François Pétraque et René Char.

Cet article sur "le Tourisme industriel" est en partenariat avec l' association "Entreprise et découverte". Leur site https://www.entrepriseetdecouverte.fr

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