Cela faisait des années que nous voulions nous rendre au château de Brézé, dans le Maine et Loire (49). Voir « un château sous un château » éveillait notre curiosité. C'est donc chose faite cet été. Nous découvrons deux châteaux à Brézé : un souterrain : médiéval, et un « de surface » : Renaissance. 

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Sous les bâtiments de surface, du château de Brézé, dont une partie est habitée par le descendant direct de Colbert, se dissimule la plus étonnante et importante forteresse souterraine d'Europe, datant du 16ème siècle.

souterrain_brezePlan des souterrains sous le château

On y trouve l’ancienne demeure seigneuriale fortifiée dite «Roche de Brézé» et son insolite réseau de cavités et tunnels creusés au fil du temps dans son sous-sol, creusé dans la pierre de tuffeau

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On ignore son époque de creusement, toutefois elle est vraisemblablement antérieure à 1063. Ce réseau servait à abriter et à protéger hommes et animaux. En périodes de troubles : invasions vikings, épidémies, intempéries, pillages, guerres de religion, les habitants de l’Anjou ont cherché refuge sous terre dès le IXe  siècle. Le Saumurois compte à lui seul 14 000 cavités souterraines. 

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Nombres de souterrains aménagés ne sont plus accessibles de nos jours, ce qui rend l’état de conservation de la « Roche de Brézé » d’autant plus remarquable.

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Curieusement, ces premiers habitants de Brézé, à 10 kilomètres au sud de Saumur, se sentaient plus en sécurité dans les profondeurs calcaires qu'en surface, en dépit d'une température constante à 12°.

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Cet habitat disposait de systèmes défensifs, beaucoup plus efficaces pour faire face aux menaces des envahisseurs, que ceux des châteaux de surface. 

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Le labyrinthe, souterrain de 10 kilomètres, à une dizaine de mètres sous la roche, a précédé de plusieurs siècles le château de la Renaissance qui s'y superpose encore aujourd'hui. Pour l'instant, seulement un dixième du réseau est accessible au public, soit 1 km, que nous avons parcouru à pied. 

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Longtemps considéré comme de « vulgaires caves », le réseau a été ouvert à la visite en 2000 par son propriétaire Jean de Colbert, descendant des marquis de Deux-Brézé et du célèbre contrôleur général des finances de Louis XIV.

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Cette forteresse souterraine a suscité un regain d'intérêt touristique pour le site qui accueille désormais 60.000 visiteurs par an. Elle présente une architecture « en trèfle » unique au monde. En son centre, on trouve un puits de lumière carré, autour duquel sont disposées trois pièces. Au Moyen Âge, la lumière et l’air se diffusaient de ce puits central vers l’habitat, par d’ingénieuses fenêtres-meurtrières. Il était impossible d’enfumer les lieux, le puits faisant office de conduit de cheminée.

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Dans la première pièce, cinq silos à grain sont creusés dans les parois de tuffeau. Ils étaient fermés hermétiquement par des portes de bois. Leur taille témoigne de la richesse et de la puissance des premiers occupants. En effet, ils auraient pu nourrir de 15 à 20 personnes pendant un an. Ils permettaient également, en cas de destruction des récoltes, de replanter les cultures l’année suivante. 

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Brézé présente aussi la particularité de ses douves sèches, larges de 10 mètres et d'une profondeur de 18 mètres, sans équivalent en Europe. Contrairement à une idée très répandue, ces douves n’ont jamais contenu d’eau. Une immersion complète aurait rendu toute vie impossible au cœur des souterrains, tout comme dans les parois périphériques des douves.

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De fait, en ajoutant cette hauteur et celle du château, les toits culminent à 48 mètres, dépassant par exemple la taille du château de Saumur, déjà haut perché.

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Un pilier porte une passerelle surplombant ce canyon, lequel fait un tour complet du château. Le système défensif est complété par un pont-levis souterrain, à contrepoids, protégeant l’accès à la grande galerie depuis les douves.

DSC_5878Le pont levis du château

Ces douves sont percées de part et d'autre comme un gruyère. Côté intérieur, des trouées solidement fortifiées donnent accès au sous-sol du château. Un chemin de ronde souterrain et des meurtrières sophistiquées, datant de la fin du Moyen Age, permettaient un tir  sur l'assaillant qui s'aventurait au fond de cette gorge.

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On trouve dans les souterrains des couloirs coudés, pour contenir l'ennemi, l'empreinte de silos de grande capacité, mais aussi de mangeoires témoignant de la présence d'animaux, y compris des bovins et des chevaux, servant aussi de chauffage d'appoint.

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Dans cet énorme bloc de tuffeau, qui constitue la forteresse souterraine, nous  découvrons une boulangerie, avec fours à pains. Les fours de l'ancienne cuisine troglodytique, sont souvent rallumés pour la cuisson de pain et de « foué », cette petite galette locale.

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Dans les châteaux, les cuisines furent souvent éloignées des bâtiments principaux pour éviter les risques d’incendie. C’est le cas de cette cuisine troglodytique, la plus grande connue en France. Elle a été refaite au XVIe siècle, comme en témoigne la façade avec ses fenêtres géminées, destinées à évacuer les buées et les fumées. La cheminée monumentale, elle aussi du XVIe siècle, était autrefois équipée de crémaillères permettant de cuire toutes sortes d’aliments. Elle accueille trois fours.

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La niche, creusée en hauteur, en face de la cheminée, était la chambre du boulanger. Il y accédait par un étroit escalier monolithique. Cette installation lui permettait de se reposer tout en surveillant le tirage des fours et la réserve.

DSC_5858La chambre du boulanger.

L’escalier situé à droite de la cheminée mène au-dessus des fours à la pièce chaude. Son sol, pavé de tomettes, chauffait lorsque les fours étaient allumés. Ainsi la pâte à pain, posée sur les tomettes, levait plus rapidement. On y conservait aussi le levain sur les grosses étagères monolithiques, à l’écart de la chaleur du sol.Derrière la porte menant à la pièce chaude, on trouve enfin un potager à trois réchauds du XIXe siècle, une sorte de cuisinière qui fonctionnait à l’aide des braises du grand foyer.

DSC_5867La pièce chaude.

Les habitants du village auraient été autorisés à cuire leur pain dans le fournil souterrain en dédommagement des ravages provoqués aux cultures par les innombrables pigeons vivant dans la fuye du domaine. Il a également servi durant la Deuxième Guerre mondiale.

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Dans la face extérieure du fossé, d'immenses cavités ont été creusées. Comme dans toute la région et jusqu'au XIXe, ces grottes étaient des carrières de tuffeau. Elles sont nombreuses à Brézé. Du XVe au XIXe siècle, le tuffeau a été le principal matériau de construction en Anjou. Selon sa couleur et sa qualité, il servait à la construction de bâtiments nobles (églises, châteaux…) ou d’habitations traditionnelles. De nos jours, il est surtout extrait pour la restauration.  

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La salle des pressoirs : Du XVe siècle à 1976, d'anciennes cavernes servirent de chais et de caves à vin. Brézé, c’est aussi une longue tradition viticole, le vin du château de Brézé est connu depuis le Moyen Âge. 

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Le cépage « chenin blanc » était déjà implanté à Brézé en l’an 845, mais c’est au XVe siècle que le domaine devient connu pour son vin blanc, dont le roi René d’Anjou, lui-même, vantait les mérites. 

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Plus tard, et particulièrement au XVIIe siècle, les vins du domaine connurent les faveurs des rois des plus grandes cours européennes. La chute de la monarchie, au XVIIIe siècle, fit tomber le domaine dans l’oubli. Puis, en 1910, le vignoble dut être entièrement reconstitué suite à la crise du phylloxéra qui détruisit le vignoble français.

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C’est alors que jusqu'à la fin du XXe siècle, la production de vin est installée dans ces souterrains. Cette salle des pressoirs est l’une des plus grandes de France. On y a pressé le raisin depuis le XVIe siècle jusqu’en 1976. Cette salle conserve l’emplacement de trois importants pressoirs. Les cuves étant en tuffeau (pierre poreuse), les vignerons avaient soin de les remplir d’eau pendant les deux mois précédant les vendanges de façon à perdre le moins de jus possible.

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Dans la salle des foudres, ancien cellier, lieu de vinification des vins du château jusqu’en 1981, c’est ici que le miracle se produisait chaque année, et que le jus récolté devenait ce subtil nectar si prisé. Chaque foudre a une contenance d’un peu plus de 22 hectolitres (soit 2 200 litres). Aujourd’hui, ils sont vides. La pièce a conservé cette couleur noire, obtenue par la présence d’un champignon qui se développe dans les caves à vin et dont la croissance est favorisée lors de la fermentation du jus.

DSC_5900Salle des foudres

Les six immenses celliers, où étaient entreposées les récoltes du château, témoignent de la puissance des châtelains à cette époque. Leur taille est en effet adaptée à celle du domaine, qui couvrait alors une surface de 1 850 hectares, comme l’indique la taille de la fuye (le pigeonnier érigé à l’entrée du parc). 

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Nous avons pu voir, aussi, une salle troglodytique, où l’on élevait les vers à soie : la magnanerie.  En effet, le roi Louis XI avait installé à Tours, en 1470, la Première manufacture royale de soie. Cette activité a connu son apogée dans la région au XVIe siècle. La possession de soie, dans les familles nobles, était très importante aux XVeXVIe et XVIIe siècles pour la fabrication des tapis, tapisseries, atours religieux et vêtements luxueux. La soie était très prisée pour sa douceur, son pouvoir isolant et sa résistance (à diamètre équivalent, un fil de soie est aussi solide qu’un fil d’acier).

DSC_5840La magnanerie.

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 À mi-parcours du chemin de ronde troglodytique, on trouve l’échauguette défensive. Cette petite tour ronde, accolée à la paroi des fossés, a été construite en 1614. Elle remplace une partie du château disparue au XVIe siècle et n’est accessible que par le réseau souterrain. 

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Percée d’un grand nombre de bouches à feu, qui procurent de nombreux angles de tirs, elle permettait ainsi de surveiller les fossés et de les défendre par des tirs rasants et inclinés avec deux hommes équipés de simples arquebuses. La garnison du château, sous les ordres d’un « capitaine » devait atteindre pour le moins 50 hommes d’armes. 

DSC_5911L'échauguette défensive.

Entourée des douves sèches les plus profondes d'Europe, la partie émergée du château allie architecture médiévale, Renaissance et XIXe.

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Édifiés à partir du XIe siècle, la partie haute du château, en tuffeau, que nous visitons avec un guide, abrite entre autres, des appartements qui furent habités par Richelieu et des pièces classées « Monument Historique».

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Dans la chambre néo-gothique les murs sont recouverts de boiseries de chêne, sculptées de lancettes, séparées par des pinacles rehaussées de noir et or.

DSC_5786Chambre néo-gothique de Pierre de Dreux Brézé.

La poutre centrale est recouverte d’une toile peinte en bleu outre-mer, à rinceaux blancs, verts et roses, motifs que l’on retrouve peint sur les solives.  

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La cheminée, de couleur bleue outre-mer, rouge et or à fleurs présente un style médiéval.

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La chambre du Cardinal de Richelieu était dédiée au célèbre Cardinal français, elle date de la construction du château Renaissance. Il n'a probablement jamais dormi dedans, mais comme c'était le beau-frère du propriétaire, une chambre lui était alors réservée. 

DSC_5788Chambre de Richelieu.

Cette chambre de style Renaissance, est la seule authentique que nous verrons en fait, et la plus intéressante. Les figures géométriques, de la cheminée, sont plaquées de stuc et de marbre.

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La grande galerie, construite au XIXe siècle, ne fut jamais achevée. Dorénavant, cette ancienne salle de réception est intégralement consacrée aux marquis de Dreux-Brézé. Leurs ancêtres figurent sur les tableaux des sept frères Dreux (de 1580). 

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Dix-huit ans après son ouverture au public, le château de Brézé attire un nombre toujours croissant de visiteurs. Tant et si bien qu’il a intégré en 2012 le réseau des Grands Sites du Val de Loire.

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Un réseau qui fédère 20 châteaux et abbayes du Centre et des Pays de la Loire, dont les prestigieux domaines de : Chambord, Chenonceau, Chaumont-sur-Loire et Amboise… 

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Classé monument historique, depuis 1976, ce château et son souterrain, fascinant, nous auront fait parcourir plus de 1000 ans d’histoire, en un peu plus de deux heures. Une visite insolite, puisque, après avoir découvert la partie haute du château, nous nous enfonçons sous celui-ci, une forteresse souterraine creusée dans la pierre de tuffeau.

Tarif des visites : 9,50 € visite libre, 10,50 € guidée.

Je vous le conseille fortement ! N'hésitez pas à nous laisser un petit mot, cela fait toujours plaisir ! A bientôt !

 Suite : Montreuil Belay