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Héritage d'une histoire de plus de 300 ans, la petite cité drapière, de Villeneuvette,  fut créée, en 1673, par un riche marchand drapier de Clermont l’Hérault et deviendra l’une de plus grande Manufacture Royal du Languedoc Roussillon. 

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- Situation : La Manufacture Royale se trouve au cœur du département de l’Hérault, à proximité du lac du Salagou,  à trois kilomètres de Clermont-l’Hérault, sur la route de Bédarieux.  

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-Visite du site L'entrée se fait par une allée bordée de platanes à droite de la route. La visite de ce site un peu magique nous conduit à travers les ruelles pavées, à la rencontre de vestiges industriels, de longs alignements de logements pour les familles des ouvriers, d'anciens ateliers de ferronnerie…

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La manufacture a été établie au bord d’une petite rivière appelée Dourbie, affluent de l’Hérault. Nous suivrons le trajet de l'incroyable système d'irrigation, nécessaire pour amener l'eau de la Dourbie jusqu'aux bassins.

canaux d'irriguation

Bassin de retenu réserve d'eauBassin de retenue, de récupération d'eau (ou vivier)

Jolie balade, dans la pinède, au milieu des pins maritime, pour y arriver.

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La Manufacture de Villeneuvette comprend également quelques monuments classés Monuments Historiques :

. Le majestueux portail, gravée en son fronton de la devise "honneur au travail",

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. La chapelle De plan rectangulaire,  elle est sobre et utilitaire. C’est la chapelle privée de la famille Maistre, avec une crypte pour leurs défunts. 

DSC_2378La chapelle.

En 1870, Jules Maistre l’a fait décorer par un peintre d’édifices religieux célèbre à l’époque, Jacques Pauthe. L’iconographie de l’église témoigne du système social paternaliste chrétien,  tel qu’il existait pendant l’essor industriel du XIXe siècle. 

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Le panneau le plus significatif montre l’archange Saint-Michel terrassant le matérialisme et l’athéisme.

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La place Louis XIV : La fontaine-abreuvoir au centre  était alimentée initialement à partir du Vivier. En 1860, une conduite en fonte fut tirée depuis la source du pont de l’Amour. 

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DSC_2354Fontaine-abreuvoir.

. Les logements des ouvriers : ils occupent cinq bâtiments parallèles. Chacun de ces bâtiments est divisé en « cellules » identiques selon trois plans types. L’âtre familial était le plus souvent à l’étage, libérant le rez-de-chaussée pour des activités professionnelles.

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 Les logements des maîtres:  Ils bordent la Grand-Rue, c'était le coeur de la manufacture. Il abritait des logements des maîtres, mais aussi des ateliers de préparation  et de vérification de la laine. Cet édifice se distingue de l’ensemble des autres constructions par sa dimension.

DSC_2374Logements des maîtres.

. Les jardinsAu nord de la cité s’étendaient sur près de 1,5 ha des jardins potagers et de vergers, établis par la manufacture pour assurer au personnel un approvisionnement à des prix raisonnables. 

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Vers 1740, on les embellit par un buffet d’eau et un bassin de 14 m x 9 m, avec jet d’eau, purement décoratifs. Puis, au début du XXe siècle, deux bâtiments, en métal et verre,  furent installés, dans les jardins, pour les métiers à tisser qui fonctionnaient à l’énergie électrique.

DSC_2361Buffet d'eau monumental.

. Le pont de l'Amour : 

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Dès 1881, le canal d'alimentation d'un moulin franchissait la Dourbie, à 500 mètres en amont de la manufacture, grâce à un pont-aqueduc, dit « Pont de l’Amour », qui conduisait les eaux d’une source  et de la Dourbie jusqu’à un grand réservoir, le Vivier. De là, une conduite forcée entraînait en contrebas des turbines dans l’usine. 

Bassin de retenu réserve d'eauLe Vivier (grand réservoir).

Cependant, la légende veut que les amoureux franchissent ensemble cet aqueduc, (Pont de l'Amour), main dans la main, en s'embrassent au centre avant de poursuivre leur chemin. S'ils y parvenaient, le mariage leur était assuré dans l'année. S'ils échouaient, le mariage était compromis. Il faut dire que le "pont" était plutôt étroit et que le traverser, a fortiori à deux, était chose peu aisée …

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La majeure partie des anciens bâtiments ainsi que le jardin sont classés zone de protection du patrimoine et du paysage, en 1955, en raison de l'originalité et la qualité de son patrimoine. Le grand bassin (vivier) et la pinède ont été acquis par le Département de l'Hérault en 1989.

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-Histoire de la manufacture royale :

Dès 1677, dans le but de dynamiser l'économie locale, mais surtout de concurrencer les textiles anglais et hollandais, Colbert (sous louis XIV), lui accorde le statut de manufacture Royale qui va lui donner un essor considérable.

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Les fondateurs aménagent alors les moulins existants et bâtissent la cité telle qu’on la voit aujourd’hui. Ils captent la rivière de la Dourbie et une source abondante alimentant la manufacture en eau pour laver la laine, teindre les tissus et entraîner les roues à aubes des moulins à foulons, et ils organisent la production.

cheminée

Grande cheminée de 1883.

Son implantation en milieu rural apportera un cadre attractif aux ouvriers. Une véritable autarcie s’organise, dans la petite "ville neuve".  La manufacture entretient un troupeau de 800 moutons et un potager de 1,5 ha qui fournit la base de l’alimentation. 

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Comme les ouvriers travaillent et vivent sur place, des boutiques vendent des denrées de première nécessité : blé, huile, vin, viande et poisson.

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Une chapelle est bâtie, une infirmerie et une école pour les enfants jusqu’à 12 ans sont organisées, des artisans  sont installés (menuisiers, serruriers, boulangers). Ainsi, la manufacture devient rapidement un véritable petit village. Tous les logements et tous les ateliers se situaient à l’intérieur d’une même enceinte.

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La nuit, on fermait les portes, tous étaient tenus de rester dans Villeneuvette. Un règlement est établi : la journée de travail commence à cinq heures et demie du matin et se termine à cinq heures du soir.

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La manufacture royale, entourée d’une haute enceinte, est entièrement vouée à la fabrication de draps fins, de laine des Causses,  de couleurs vives, avec une main d’œuvre, locale,  de qualité. La manufacture passe ensuite, de main en main par, vente et voie d’héritage, jusqu’à la Révolution, qui interrompt la production.

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Au XIXsiècle, les Maistres, entrepreneurs languedociens, se spécialisent dans les draps d'habillement de l'armée. Une discipline sévère, symbolisée par l'inscription qui surmonte la porte "honneur au travail". 

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Un jardin à la française orné d'un buffet d'eau, marque son nouvel essor. Les jardins sont lotis en parcelles, affectées gratuitement aux ouvriers, à charge à eux de les faire fructifier. Les logements ne sont plus loués, mais attribués gratuitement au personnel. 

DSC_2415Beau buffet d'eau.

Alors que dans le voisinage, à Bédarieux ou Lodève, dans la même industrie, il y des grèves, échauffourées, voire mort d’homme, à Villeneuvette, les patrons Maistre n’enregistrent, en 150 ans, qu’une demi-journée de grève.

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Au XXe, la production se diversifie un peu, mais, après la seconde guerre mondiale, l’industrie lainière languedocienne cesse, ne bénéficiant pas de l’aide du plan Marshall, réservée aux régions sinistrées. La concurrence et le vieillissement de son matériel, signeront son arrêt définitif. Le village fut petit à petit déserté. 

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La cité est mise en copropriété en 1968. Les acquéreurs, 48 copropriétaires, restaurent tous les logements et réhabilitent la moitié des anciens ateliers.  

DSC_2576Petit restaurant où nous nous restaurons au soir.

-Villeuvette de nos jours :

Ses usines, aujourd'hui envahies de végétation, possèdent un charme authentique qui témoignent avec  mystère, d'un passé où l'activité y fût intense et la vie fourmillante.

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Aujourd'hui ce petit village paisible et convivial, poursuit les travaux de restauration. Il compte environ 70 habitants, dont nombre d'artistes et d'artisans d'art. Et même si le visage industriel est un peu moins présent, la mémoire du lieu reste vivace : celle d'une petite cité fermée, qui fût, pendant presque 3 siècles, une des plus florissante manufacture textile de la région.

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Un endroit, très instructif,  que je vous conseille fortement, pour son calme, doublé d'une très belle balade dans les colines. On y passe facilement la journée, prévoir le pique-nique ou restauration sur place.

Suite :  Lodève