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Si vous êtes déjà passé par l'autoroute A8 qui rejoint la Côte d'Azur, vous avez sûrement remarqué la masse imposante d’un massif, qui ressemble à un film de Far West : plus connu sous le nom de Rocher de Roquebrune sur Argens. Comment ne pas tomber sous le charme de ce rocher, à la crête très dentelée, tout en verticalité d'un côté et en rondeur de l'autre !

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A travers une balade, qui nous réservera de belles surprises, je vous offre ma vision de cet étonnant rocher, de 4 km de long, pour 2 de large, rempli d’histoire et d'extraordinaires légendes. (que je vais vous raconter). Ces quelques photos, pour immortaliser ce lieu bucolique et plein de mystères !

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Après avoir dormi la nuit au pied de l’énorme rocher, nous partons au petit matin, pour arpenter les sentiers, à la découverte de l'énorme rocher, de sa flore et sa faune méditerranéennes. A ses pieds coule la jolie rivière de l’Argens, qui a, malheureusement, souvent tendance à déborder et à inonder  toute la vallée.

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Emergeant du massif des Maures et culminant à 373 m de hauteur, il est constitué  d’un amas de grés rouges, habillé d'un maquis, qui s'accroche aux anfractuosités. 

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C'est l'importante concentration d'oxyde de fer dans sa roche qui lui donne cet aspect rougeâtre, qui contraste avec la végétation méditerranéenne. Suivant la position du soleil et son rayonnement, les falaises peuvent se parer d’une couleur pourpre foncé, ou bien d’une ocre presque jaune, en passant par un rouge orangé.

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Son relief escarpé et accidenté est composé : de crêtes déchiquetées, de falaises abruptes, de plateaux parsemés de blocs rocheux, en équilibre, de failles profondes et de dalles rocheuses. La géologie du rocher, qu’on appelle l’arkose, est un conglomérat composé : de granit, de gneiss et de galets de rhyolite, roche issue d’une lave volcanique solidifiée.

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Le rocher abrite une grande variété d'espèces végétales : de chênes liège, de cistes, de peupliers, de pins parasols, des oliviers, de mimosas, de houx, de figuiers de Barbarie, de maquis...  

DSC_8915Figuiers de Barbarie, au 1er plan.

…et une grande variété d’espèces animales, habituées aux milieux humides, comme aux milieux secs : grands-ducs, tortues, lézards ocellés, grenouilles, serpents, sangliers...

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Le panorama sur 360°, en haut du rocher, est magnifique, vue sur : la vallée de l’Argens, Fréjus, les Maures, l'Estérel, et plus loin les Alpes... mais il faudra faire, avant, une bonne ascension !!!

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- Le rocher des "Deux Frères"L'érosion y a sculpté et creusé des grottes, agrandi les failles et modelé des colonnes en forme de champignons, comme les "Deux Frères" (cheminées de Fée).

DSC_8903Rocher des "Deux Frères".

- Le rocher de l'Ermite :  C'est plus haut, au niveau d'une sorte de petit col, que vit le célèbre ermite frère Antoine, dans des grottes troglodytes, jadis utilisées à cet effet. Agé de 92 ans, il vit dans une cavité du Rocher de Roquebrune-sur-Argens, depuis 1966.

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Il a eu un coup de foudre  pour cette grotte somptueuse, dit-il. "J’avais 43 ans et j’étais habité par une certitude, celle qu’il existe un état de parfait contentement ici et qu'on nomme Royaume des Cieux",  a-t-il confié aux gens qui viennent à sa rencontre. En 2016, le vieil homme fêtera son demi-siècle de vie troglodytique. Prière de respecter son isolement et le calme des lieux.

ermite photo de VSDPhoto de l'article de VSD, n'ayant pas pu nous y rendre.

- Le rocher des "Trois Croix" : Au Moyen-Age, le Rocher de Roquebrune avait une valeur religieuse, c'était un lieu de pèlerinages. Selon la légende lorsque le Christ mourut sur la croix, (au Mont Golgotha, colline de Jérusalem), le rocher de Roquebrune, se déchira en trois failles qui symbolisaient les trois plaies ou les trois croix qui furent dressées sur son calvaire au jour de la crucifixion. Une pour Jésus de Nazareth et les deux autres pour des brigands. En souvenir de cette triple crucifixion, les habitants du secteur avaient voulu faire de même en dressant leurs propres trois croix sur ce sommet. Les trois croix d'origine ayant disparu, trois nouvelles croix, oeuvres du sculpteur Bernard Venet, y ont été érigées dans les années 1990. Ces croix de 5 m de haut, pèsent une tonne chacune, et sont un hommage à trois peintres : Le Greco, Grunewald et Giotto, qui s’étaient attachés à peindre, remarquablement, la «Crucifixion». Aujourd'hui, ces Trois Croix n'attirent plus les pèlerins, mais les randonneurs.

rocher des 3 croix

-La chapelle Notre Dame de la Roquette : Nous prenons, ensuite, une large piste qui arrive dans une vaste clairière, puis un chemin, à droite, qui s’enfonce dans les bois. On arrive à la chapelle Notre Dame de la Roquette et aux vestiges de l’ancien couvent. Cet ensemble ecclésiastique domine toujours la vallée de l'Argens, de son perchoir.

 

ruines couventVestiges de l'ancien couvent, avec son puits comblé.

La forêt primitive, avec ses arbres centenaires, aux alentours de la chapelle est magique. Les rochers énormes, creusés de trous et de failles, que l’on contourne, ajoutent à l’étrangeté du site !

forêt de la RoquetteOn se croirait dans une forêt tropicale, avec des lianes.

Ces gros blocs, tombés des hauteurs, sont souvent en équilibre précaire. Au milieu de ce décor mystérieux, chargé d’histoire et de légendes, il fait bon de se promener ! 

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De cette magnifique verdure, émergent  les quatre pans d’un clocheton, et les murs ébréchés d’un monastère en ruines. C’est ici un très ancien lieu de pèlerinage, indifféremment dénommé Notre-Dame de la Roquette, ou du Spasme, ou des Sept Douleurs, ou bien encore Notre-Dame-des-Oeufs (peut-être parce qu'elle avait vocation à combattre l'infertilité). 

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La chapelle fut édifiée au XVIème siècle, sur un promontoire boisé, dominant la vallée de l’Argens.  En 1962, un incendie cause des dégâts sur la chapelle. La commune du Muy fait restaurer clocher et toit de l’abside. Mais les efforts sont vains. Dans les années 80, la chapelle va subir vols, dégradations et vandalisme. 

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Depuis, bien que le site soit classé au Patrimoine, rien n’y fait, les pierres s’amoncellent au sol, d’années en années. Bien que le clocher soit encore debout et paré de ses tuiles, le toit de Notre Dame de Roquette s’est effondré et plus aucun pèlerinage ne vient lui redonner vie. Si la chapelle est bien endommagée, c'est bien l'espace naturel qui l'abrite que nous avons le plus apprécié de découvrir !

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- La chapelle Saint JeanNous nous dirigeons, ensuite, vers un autre endroit étrange et magique, qui nous mène vers la paroi rocheuse, (une gigantesque colonne), au pied d'un très vieux châtaigner foudroyer. Cette colonne marque l'entrée d'une gigantesque fissure de la falaise, encombrée de blocs suspendus et laissant le passage à une personne à la fois. Au dessus de nos têtes, à certains endroits, les rochers montent à plus de trente mètres de haut.

Saint Trou

Nous nous y faufilons pour atteindre les ruines de la chapelle Saint Jean.  Arriver dans cet endroit, retiré du monde, et y découvrir une chapelle troglodytique, est un spectacle  surprenant, presqu’envoûtant ! Elle daterait du début du XVIIe siècle, comme Notre-Dame de la Roquette. 

chapelle troglodyte St Jean

Cet étroit passage, d'environ deux cent mètres, s'élargit légèrement et finit en cul de sac au fond duquel à été aménagé la chapelle rupestre.

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Dans la façade, un bel appareillage, plein-cintre, en pierres taillées, est noyé dans la maçonnerie de pierres plus grossières.

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Il devait correspondre à l’ancienne entrée de la chapelle dont les dimensions ont été réduites par la suite. Le haut de cette façade est délabré, le toit a disparu, mais à l’intérieur, l’arc de sa voûte maçonnée, tient encore le choc, pour combien de temps ?

chapelle st jean3L'intérieur de la chapelle troglodytique St Jean.

- La faille du Saint Trou : Quelques dizaines de mètres, à l’est de l’entrée du canyon, mais défendue par d’énormes blocs, qu’il faut contourner ou escalader, se trouve le Saint Trou, une des trois failles du rocher.

Saint Trou

Ces blocs forment de multiples cavités amusantes à parcourir.

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Par contre il nous faudra revenir avec une lampe de poche pour trouver la faille du Saint Trou, qui est une vrai curiosité, mais pas facile à aborder, en plus sans éclairage. Le couloir de moins d’un mètre de large et d’une quinzaine mètres de hauteur est obstrué au bout d’une trentaine de mètres par des pierres tombées des hauteurs.

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Il faut monter quelques mètres en escalade pour trouver un passage étroit dans lequel il faut se faufiler avec peine. Attention : seules les personnes minces, agiles et ne souffrant pas de l'obscurité et de claustrophobie, sont aptes à  traverser la faille, tant elle est étroite, peu aisée, longue et sombre. Avis aux amateurs !

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- Une légende : dit qu'en ces lieux une belle jeune femme avait décidé de suivre une vie faite d'abstinence et de prières. Un jour, un noble qui chassait dans les parages fut attiré par sa beauté. Mais la demoiselle, devant ses avances, s'enfuit. Le noble se lança à sa poursuite. Arrivée devant une paroi et n'ayant aucune issue, elle supplia la sainte Vierge de lui venir en aide. Le rocher se déchira alors juste assez pour laisser passer la jeune fille qui échappa ainsi aux griffes de l'homme. C'est ainsi que de nos jours il est coutume de dire que seules les âmes vertueuses peuvent franchir le Saint Trou. 

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Les rochers de Roquebrune seraient-ils une montagne sacrée, dégageant une énergie impalpable pour ceux qui veulent s’ isoler, comme l'ermite, et méditer ? 

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Il ne faut surtout pas oublier que le site du Rocher de Roquebrune est classé et mérite qu'on le respecte, en évitant de couper les  fleurs et de laisser des déchets sur place, comme beaucoup le font. 

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- Des pépinières : Dans ce merveilleux site, au pied du rocher de Roquebrune sur argens, nous avons découvert de nombreuses et magnifiques pépinières. 

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Spécialisés dans les plantes Méditerranéenne, ici sont vendus aux professionnels et aux particuliers, une grande variété d’arbres ou d’arbustes. 

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Nous nous sommes attardés, un long moment, dans cet endroit bucolique où il fait bon rêvasser, aux milieux d'oliviers centenaires, de plantes méditerranéenne,  de toutes tailles, et de coquelicots, qui apportent une petite touche de couleur à ce décor de carte postale ! 

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Difficile d’imaginer les paysages du sud, sans ses champs d’oliviers ! 

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Arbre rustique et éternel, l’olivier, avec ses reflets vifs argent, fait partie du décor, mais aussi de la culture provençale. 

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Juste à côté, une forêt de bambous géants, dont les hautes branches montent avec grâce à plus de 15 mètres de haut. Nous avons l’impression d’être transportés dans une contrée lointaine d’Asie où le bambou est un arbre sacré.

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- Roquebrune sur Argens : Situé sur la rive droite de l'Argens, nous nous dirigeons vers le vieux village de Roquebrune, qui domine toute la plaine. C'est le trait d'union entre les Massifs des maures et de l'Estérel.

DSC_9011Le village de Roquebrune sur Argens au 1er plan et au fond le rocher de Roquebrune.

Cette cité est riche d'un patrimoine culturel et architectural, et offre à ses visiteurs des promenades agréables et enrichissantes. 

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On peut y voir la rue des Portiques, avec ses arcades et ses linteaux d'époque, et effectuer le parcours des 7 Fontaines qui vous mène au cœur du village, de placettes en petites ruelles. 

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On trouve deux chapelles romanes à Roquebrune sur Argens :

- La chapelle Saint Pierre : se trouve à l'extérieur du village, à la sortie sud, le long de la route menant à Saint Aygulf et aux Issambres.

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C’est l'un des plus anciens monuments religieux de la commune et de la région.

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Elle date du XIe siècle. Programmée à la destruction en 1789, puis en 1923, elle fut toutefois conservée pour plusieurs usages : bergerie, dépôt d'armes durant la guerre de 1939, et pressentie un temps pour être caserne de pompiers.

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 Extérieurement, sur la droite de l'entrée, se trouve une grande niche voûtée en arc brisé, incrustée verticalement dans la façade.  

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Il s'agit d'un enfeu, tombeau destiné à exposer les corps pendant les cérémonies funèbres.

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- la Chapelle Saint Roch : fut Construite probablement au tout début de l'art roman. Nous sommes restés en admiration devant cette petite chapelle, en pierres, à l'aspect sobre.

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Elle fut modifiée dans le courant du 12ème siècle par l'ajout de contreforts, destinés à supporter la voûte de pierre destinée à la protéger des incendies. 

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Initialement dédié à Saint-Victor de la Roquetaillade (car son fondement est en partie creusé dans le rocher), l'édifice fut rebaptisé "Saint Roch", au moment de l'épidémie de peste, qui sévit à Fréjus en 1480. 

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Ce saint, qui vécut au 15ème siècle, était invoqué à l'époque par les villageois,  les épargna de la maladie.

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Il est indéniable que le rocher de Roquebrune, avec ses formes découpées et étranges, sa  forêt, ses chapelles, le Saint-Trou et la grotte de l’ermite, forment un tout indissociable, digne d’une montagne sacrée ! 

Si vous vous décidez à prendre la route du sud, vers la Côte d'Azur, ou si vous avez déjà visité la région, n'hésitez pas nous mettre des commentaires et  à nous faire partager vos carnets de bord, photos et anecdotes de voyages. Merci et à bientôt.