Je vous propose, dans cet article, la visite du Prieuré de Serrabone. (Serra bona signifie la bonne montagne en catalan). Considéré comme une merveille de l’art roman en Roussillon, le prieuré est agrémenté d’un jardin botanique.

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Ce petit prieuré perdu dans les chênes verts, au bout d’une route tortueuse interminable n’a pourtant au premier regard rien de très exceptionnel. Située dans le massif des Aspres, (contreforts du Massif du Canigou), au cœur d’une forêt de chêne-verts, Serrabona est une église fondée au XIe s.

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Chef d'œuvre de l'art roman, le prieuré se dresse dans un site splendide sur le versant de la montagne dominant la vallée du Boulès. On y voit toujours un petit cimetière attenant.  

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Lors de la fondation du prieuré en 1082, les chanoines suivant la règle de la communauté de Saint Augustin, occupèrent une église déjà existante. L’église de Serrabone est donc vraisemblablement antérieure au XIe siècle. Devenue trop petite pour la communauté religieuse, elle fut agrandie au XIIe siècle. C’est l’église que nous connaissons aujourd’hui.

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La construction, en schistes brun sombre à peine dégrossis, est assez fruste. Peu ou pas d’ouvertures visibles ni de décors, si ce n’est un portail de marbre blanc ouvrant sur le côté septentrional.0 - Copie

Mais ce portail fort simple, sans tympan, qui se résume en un arc couvert de motifs, reposant sur deux colonnes ornées de chapiteau annonce pourtant le plus bel ensemble de sculptures romanes de la région. Modeste édifice sans luxe, il réserve une fois la porte franchie, un décor sculpté inattendu.

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Abandonné en 1612, le prieuré tomba en ruine. Remarqué par les archéologues, il est visité par Mérimée en 1834 et devient l'un des tout premiers "monuments historiques", mais il fallut attendre 1836 pour que les premiers travaux de consolidation sont réalisés, la restauration complète n'eut lieu qu'après le seconde guerre mondiale.

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Serrabone abrite deux véritables trésors marquants de l’art roman roussillonnais :  

- Le cloître, constitué d'une seule galerie orientée plein sud, est rythmé par trois piliers séparant des séries d'arcades.

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 Le décor sculpté se déploie sur les huit couples de chapiteaux en marbre.  

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-  La tribune : offre des sculptures d’une extrême finesse. Elle est entièrement taillée dans du marbre rose et blanc et est considérée comme l'exemple le plus remarquable de l'époque romane en Pays Catalan. Le marbre du Conflent contribue à magnifier le chef d'œuvre des artistes, sans nom, qui l'ont faite, sans doute peu avant 1150.

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 On y découvre un bestiaire fantastique de lions, griffons, d'aigles et autres monstres,  ainsi que des décors floraux rappelant les thèmes d'influence orientale habituels aux sculpteurs romans du Roussillon.

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Les chapiteaux de la tribune de Serrabone ont presque exclusivement des thèmes zoomorphiques. 

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 Ces multiples chapiteaux dont à la fois les motifs, la vigueur du ciseau et le poli du marbre font l’admiration. Mais la tribune, véritable bijou de la sculpture médiévale, paraît bien étrange dans cette église austère.  

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L’étude  de l’église de Serrabone a permis de répondre à une question jusqu’ici restée sans réponse. Quelle est la signification et le rôle de la somptueuse tribune qui orne la nef de l’église ? Un pur décor, un jubé inédit séparant la nef du chœur des chanoines ou … autre chose ?

101_9227La réponse serait que la tribune serait un portail intérieur de l’église. Il a la même signification que tous ces portails qui démarquent, dans nos grandes églises, l’avant nef de la nef… Vézelay, Tournus… 

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À Serrabone, la tribune est le passage, la porte qui marque l’entrée de la zone sainte du sanctuaire …

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Le motif le plus simple est constitué par la succession de lions sur les quatre faces du chapiteau. Le motif du lion est récurrent dans la sculpture romane du Roussillon, on le retrouve notamment dans le cloître de Saint-Michel de Cuxa.

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Au sud de l’église une galerie du XIIème siècle est ornée de chapiteaux rappelant les thèmes d’influence orientale.

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Le prieuré et son jardin sont ouverts à la visite toute l’année et accueillent environ 40 000 visiteurs par an.

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 Il appartient au conseil général des Pyrénées-Orientales depuis 1968, ainsi qu’une quarantaine d’hectares autour du monument. 

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Il serait difficile d’envisager de visiter les églises romanes du Roussillon sans aller au prieuré de Serrabone.

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Ce fut un véritable coup de coeur pour nous, la pureté de l'art roman, dans toute sa splendeur !

A bientôt pour de prochaines découvertes !